Cent Lettres sur la prière

Père Henri Caffarel

éd. Parole et Silence 1985

Extraits

L’oraison c’est quitter cette banlieue tumultueuse de notre être (…) c’est recueillir, rassembler toutes nos facultés et nous enfoncer dans la nuit aride vers la profondeur de notre âme. Là au seuil du sanctuaire, il n’et plus que de se taire et se faire attentif. Il ne s’agit pas de sensation spirituelle, d’expérience intérieure, il s’agit de foi : croire en la Présence. Adorer en silence la Trinité vivante. (…) (lettre n° 2)

Peu à peu, d’année en année, la pointe de notre être spirituel affiné par la grâce deviendra plus sensible à la « respiration de Dieu » en nous, à l’Esprit d’amour. Peu à peu nous serons divinisés, et notre vie extérieure alors sera la manifestation, l’Epiphanie de notre vie intérieure. Elle sera sainte car au fond de notre être nous serons tellement unis au Dieu Saint (…). (lettre n° 2)

Et si vous voulez que votre vie tout entière devienne une longue oraison, une vie en présence de Dieu, une vie avec Dieu, si vous voulez devenir des âmes d’oraison, sachez, au long du jour, rentrer souvent en vous-mêmes pour adorer le Dieu qui vous attend. Pas n’est besoin d’un long moment : une plongée d’un instant et vous revenez à vos tâches, à vos interlocuteurs, mais rajeuni, rafraîchi, renouvelé. (lettre n° 2)

Un jour viendra où votre oraison ne requerra plus de paroles, quand vous aurez si j’ose m’exprimer ainsi, acquis du métier. Ou plus exactement quand la grâce aura avancé son œuvre en vous. Mais ne brûlez pas les étapes et pour l’instant : Parlez-Lui. (lettre n° 3)

Ne commencez jamais votre oraison sans avoir d’abord marqué un temps d’arrêt, établi le silence en vous, interrogé Dieu sur ce que vous devez faire de ce quart d’heure de prière. (lettre n° 6)

Chacune de vos oraisons doit être une invention, une invention d’amour – j’entends invention au sens de découverte – une découverte de ce qui plaît à Dieu. (lettre n° 7)

Il est des oraisons comme des sacrements : sa valeur et son efficacité sont d’ordre surnaturel et donc échappent à nos mesures d’hommes. (lettre n° 8)

Quel est donc l’essentiel de la prière ? c’est la volonté. (…) La volonté, c’est l’aptitude de notre être profond à s’orienter librement vers un bien, vers un homme, vers un idéal. (…) quand notre être profond se tourne vers Dieu et se livre à lui, librement et délibérément, c’est alors qu’il y a prière vraie, même si notre sensibilité est inerte, notre réflexion pauvre, notre attention distraite. (lettre n° 8)

Les distractions à l’oraison sont comme les femmes, n’y faites pas attention et bien vite elles vous laisseront tranquilles. (lettre n° 8)

Je vous engage donc vivement à veiller aux gestes et attitudes du début d’oraison. Une génuflexion très bien faite, acte de l’âme autant que du corps ; une attitude physique nette et forte d’homme éveillé, présent à soi-même et à Dieu ; un signe de croix lent, chargé de sens. Lenteur et calme sont d’une grande importance pour rompre le rythme précipité et tendu d’une vie affairée et pressée (…). Prenez conscience alors, je ne dis pas de la présence de Dieu mais de Dieu présent (…). Il a son idée sur cette prière qui commence et vous demande d’être aveuglément d’accord avec ce qu’il en veut. Veillez aux attitudes intérieures plus encore qu’à celles du corps. Les attitudes fondamentales de l’homme en face de Dieu : dépendance et repentance. (…) L’âme ainsi disposée, demandez la grâce de l’oraison, car l’oraison est un don de Dieu avant d’être une activité de l’homme. Appelez humblement l’Esprit Saint, il est notre Maitre à prier. (lettre n° 9)

Qu’attendez-vous de l’oraison ? Que Dieu prenne possession de vous-même. Et le seul moyen, c’est (…) de mettre en œuvre les vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité. (lettre n° 9)

Un des mes amis n’achève jamais son oraison sans ce qu’il appelle « la méditation sur l’agenda ». Il considère sa journée, la présente au Seigneur ; il énumère ceux qu’il doit rencontrer, et son énumération se fait intercession. (lettre n° 9)

Que votre prière soit pour demander la prière. (lettre n° 10)

Le sentiment de n’arriver à rien, de perdre son temps à l’oraison, ou peut-être, qui sait ? la secrète humiliation de n’offrir à Dieu qu’une prière informe, désespérément vide. (… ) Oubliez-vous qu’à l’oraison, vous n’êtes pas seul, qu’il y a Dieu et vous ? Il ne faut pas juger de la valeur de ce temps de prière du seul point de vue de votre activité à vous. Dieu aussi agit. Dieu d’abord. Et peut-être bien que son action est plus importante que la vôtre ! (lettre n° 11)

Quand vous prenez un bain de soleil, pas besoin de vous affairer pour qu’il vous réchauffe et vous pénètre : il suffit que vous soyez là offert à son rayonnement. De même à l’oraison : il n’est que de s’exposer au Soleil. (lettre n° 11)

Ne commencez jamais votre oraison sans prendre conscience de Dieu présent, sans vous offrir à son amour actif et efficient. (lettre n° 11)

La sanctification n’est pas l’affaire de l’homme avec le concours de Dieu, mais l’œuvre de Dieu avec le concours de l’homme. (lettre n° 12)

Il ne s’agit pas d’obtenir que Dieu se convertisse à nous, mais bien de nous convertir à lui. (lettre n° 12)

Prier c’est pendre conscience de ce regard d’amour de Dieu sur soi, s’ouvrir par la foi à son action créatrice, régénératrice, divinisante, béatifiante. Surgit alors dans l’âme l’amour de Dieu, la charité. (lettre n° 13)

Il ne faut jamais abandonner une seule de ce qu’on appelle les fins de la prière : l’adoration, l’action de grâces, le repentir, la demande. Elles sont la trame de la liturgie de l’Eglise, elles doivent constituer celle de votre oraison personnelle. (lettre n° 18)

Celui qui prie ne peut rien faire de plus ni de mieux que cet acte de volonté par lequel il se tourne vers Dieu et se livre à lui. Mais la prière du chrétien n’est pas seulement acte de l’homme, elle est aussi et d’abord acte de Dieu, et il est évident que l’intervention de Dieu est plus importante que celle de l’homme. (lettre n° 20)

Prier alors est tout simple : il n’est que de consentir, d’adhérer à ce qui se fait en nous, il n’est que de se livrer à la prière de l’Esprit Saint, comme l’huile de la lampe à la flamme qui l’aspire. (lettre n° 20)

L’oraison c’est cela : le moment privilégié pour prendre conscience de sa misère, se détourner d’elle en se tournant vers Dieu (…). Apporter sa misère pour que la miséricorde la submerge, telle est l’oraison du pécheur (…). (lettre n° 21)

L’attitude d’aveu de son péché, c’est la toile de fond de toute vraie prière, comme de la vie chrétienne. (lettre n° 24)

Dans la vie chrétienne, tout est lié. La pratique d’une vertu est-elle négligée, la réception des sacrements insuffisante, la volonté de Dieu méconnue en quelque point, tout s’en ressent, et en premier lieu, la vie de prière. (lettre n° 26)

Vous interrogez une page d’Evangile, elle ne répond pas (…). Il faut que vous acceptiez la résistance de cette page qui ne vous livre pas son secret (…) : il s’agit de confesser votre impuissance à comprendre les pensées divines, de vous humilier en présence de ce texte muet, de vous prosterner devant la silencieuse Transcendance de Dieu. D’attendre dans l’attitude du pécheur, que le Seigneur daigne avoir pitié, vous accorde la grâce de la prière, cette grâce sur laquelle vous n’avez aucun droit, qu’il vous donnera gratuitement, à son heure. (lettre n° 28)

L’oraison c’est le temps, où écartant l’illusion d’autonomie qui parfois gagne, (l’homme) reprend conscience de sa dépendance foncière, il y consent, se remet entre les mains du Père, comme une chose dont il demande de disposer : « In manus tuas, Domine… » (lettre n° 29)

Le silence n’est pas une valeur en soi ; ce n’est pas de se taire ni de faire taire les bruits à l’intérieur de l’âme qui importe mais d’écouter la Parole de Dieu. (…) C’est la Parole qui, en pénétrant dans l’âme, éliminera les bruits, instaurera le silence. (lettre n° 36)

Les auteurs spirituels recommandent une oraison de silence et de vide, au cours de laquelle il faut cesser de parler, de raisonner, d’agir. (…) Mais cette oraison passive, contemplative est un don de Dieu. On n’y accède point par ses propres industries et quand elle ne nous est pas donnée il y a mieux à faire qu’à gémir, qu’à l’attendre dans l’oisiveté, qu’à épier s venue ou son retour. Le vent ne souffle pas ? reprenez donc les rames, si vous voulez avancer vers le large. Dieu ne parle pas au fond de votre cœur ? Ecoutez le dans les Ecritures. Cherchez sa Parole, machez-la, mastiquez-la : en un mot : méditez. (lettre n° 36)

Nourri de la Parole de Dieu, tout en vous, (…) la vie de Dieu, la vie théologale, à nouveau jaillira. La foi sera en votre âme cette connaissance éveillée, avide, émerveillée du Mystère de Dieu et de son amour (…). Et parce que l’amour appelle l’amour, la charité à son tour surgira, d’autant plus ardente que votre foi sera plus vive. Et l’espérance de connaître et d’aimer Dieu toujours plus, de voir son Règne s’instaurer sur la terre sera le ressort, le stimulant, et de votre oraison, et de toutes vos activités. (lettre n° 36)

Faire oraison, c’est donc le grand acte d’obéissance au Père ; c’est comme Madeleine, nous asseoir au pieds du Christ pour écouter sa parole ou mieux, pour l’écouter, Lui qui nous parle. (lettre n° 37)

J’emploie le mot écouter de préférence à celui de méditer. Il (…) désigne non pas une activité solitaire mais une rencontre, un échange, un cœur à cœur : ce qu’est essentiellement l’oraison. A vrai dire sans la grâce, nul ne saurait écouter le Christ. (…) Cette Parole écoutée, gardée, il importe de la mettre activement en pratique. Il faut tout au long du jour être attentif à sa présence agissante en nous, livré à ses suggestions, à ses entraînements. C’est son dynamisme qui nous fera multiplier les œuvres bonnes, travailler, peiner, vivre, mourir pour l’avènement du Règne du Père. (lettre n° 37)

L’oraison doit-elle être méditation ? Si par méditation on entend cette recherche empressée de la connaissance du Christ que l’amour exige, stimule, relance sans cesse, parce que celui qui aime aspire à connaître toujours mieux afin d’aimer toujours plus, alors oui, mille fois oui, l’oraison doit être méditation. (lettre n° 38)

Je suis sûr que beaucoup de chrétiens se découragent de faire oraison parce qu’ils ne parviennent pas à aimer le Christ et s’ils ne l’aiment pas c’est parce qu’ils négligent de le connaître : on n’aime pas une ombre, on n’aime pas un être qu’on ne connait pas. Seule la découverte du prodigieux amour que le Christ nous porte peut faire jaillir en nous l’amour et la prière. (lettre n° 38)

La vie d’oraison doit conduire les chrétiens à une très haute union avec Dieu, mais elle ne peut avoir de meilleur départ et de meilleur soutien que la connaissance émerveillée de l’inconcevable amour, à la fois humain et divin, que nous offre le Christ. (lettre n° 38)

Si vous saviez comme c’est différent d’avoir appris dans les livres que le Christ prie pour tous les hommes et de découvrir tout à coup, en pleine situation désespérée, qu’Il est là, Quelqu’un de réel à mes côtés, et qu’au lieu et place de ma prière défaillante, Lui, le Fils Bien-Aimé, prie pour moi, intervient personnellement auprès du Père pour moi ! (lettre n° 41)

En vous approchant du Christ, à l’oraison, que votre foi s’exerce donc à reconnaître son amitié, s’émerveille de dénombrer les insondables ressources de sa tendresse : puisqu’il vous aime, il désire votre présence et n peut pas ne pas tressaillir de joie à votre venue ; puisqu’il vous aime, il est impatient de vous combler de ses biens (…). (lettre n° 43)

En tous les baptisés, c’est son Fils que le Père reconnaît ; en leur prière, si dérisoire en apparence, c’est la prière de son Fils que le Père entend. (lettre n° 45)

Vous semblez agir comme si la prière était une conquête de l’homme, alors qu’elle est avant tout une grâce du Christ. (lettre n° 46)

Si le Christ est vivant en vous, il y est priant (…) laissez cette prière vous saisir, vous envahir, vous soulever et vous entraîner vers le Père. Je ne vous promets pas que vous la percevrez ; je vous demande seulement d’y croire et, durant l’oraison, de lui donner, de lui renouveler votre pleine adhésion. Cédez-lui la place, toute la place. Qu’elle puisse s’emparer de toutes les fibres de votre être, comme le feu pénètre le bois et le rend incandescent. (…) Cette prière du Christ en lui (…) l’homme d’oraison longtemps ne la perçoit pas. Un jour vient pourtant (…) où il la découvre en son âme. Il se tait alors, il craint de l’effaroucher (….). Puis soudain, il se rend compte qu’elle a disparu (…) Qu’il ne se désole pas : la prière du Christ est toujours là, même quand on ne la perçoit pas. (lettre n° 47)

C’est manquer à l’honneur dû à Dieu que d’aller à la prière pour les dons de Dieu et non pour Dieu lui-même. (lettre n° 47)

Comprenez donc qu’il ne s’agit pas tant de « faire » oraison que de rejoindre en vous une prière qui s’y trouve toute faite. La prière chrétienne est non pas d’abord œuvre de l’homme, mais œuvre de Dieu en l’homme. (lettre n° 48)

La qualité de notre prière se mesure à la qualité de notre adhésion à l’activité priante de l’Esprit Saint en nous. (lettre n° 48)

Chez ceux qui parvienne à cette oraison intérieure et continuelle, la prière de l’Esprit Saint n’est plus un simple tison sous la cendre mais une flamme qui gagne l’être tout entier. Un saint est une prière vivante. (lettre n° 48)

Le Christ est ma vie ; non seulement il prie avec moi mais encore en moi et par moi. Sa prière est ma prière. Il n’y a pas deux prières, juxtaposées, mais une seule prière qui tout ensemble est sienne et mienne. Une prière à deux. (lettre n° 48)

L’Esprit est un maître qui nous instruit en cette demeure secrète en nous, en notre âme profonde où il réside, non par des paroles mais en nous infusant sa science. (…) Il est notre maître à prier, non pas en nous proposant des formules de prières mais en faisant surgir en nous la prière comme un cri vers Dieu. (…) Pourquoi donc sommes-nous si peu transformés en lui ? Parce que, infiniment respectueux de notre liberté, il se refuse à pénétrer en nous par effraction, à nous secourir sans notre adhésion. Il n’est tout puissant qu’en celui qui se veut pauvre, attentif, docile, ductile, souple, flexible, maniable… (…) mais ces qualités elles-mêmes, il faut les attendre de lui. (Lettre 50)

Avant d’être paroles sur les lèvres, la louange est exultation du cœur, ovation à Dieu, intérieure et silencieuse. Comme un feu qui se propage, elle gagne peu à peu l’être tout entier. Alors elle éclate en hymnes jubilantes. (…) Le croyant devient une « louange vivante ». (lettre n° 53)

Faire oraison, c’est avant tout s’offrir à Dieu. (lettre n° 56)

Seule l’oraison nous achemine vers le don permanent de soi à Dieu, seule elle en renouvelle et en actualise le dynamisme. L’oraison est le temps fort de notre vie offerte à Dieu. (lettre n° 57)

Ce n’est pas seulement l’être, la vie naturelle, que Dieu te donne à chaque instant, c’est aussi la vie surnaturelle, celle dont, par le baptême, il a déposé en toi le germe, et qu’il ne cesse d’entretenir par ses sacrements. (lettre n° 58)

A l’amour de Dieu qui est grâce répond l’amour de l’homme qui est action de grâce. Grâce et action de grâce, les deux pôles du dialogue d’amour entre Dieu et l’homme. (lettre n° 58)

Ce désir de « s’anéantir » n’est pas de retourner au néant, de se détruire, mais de se perdre en Dieu, définitivement. (…) C’est l’amour qui fait naître cette exigence chez celui qui contemple la grandeur de Dieu : désirer s’anéantir, c’est désirer se donner en perfection, se couler en l’Etre adoré, lui céder tout ce qu’on a d’être pour que son Être à Lui resplendisse en nous.   (Lettre n° 60)

Veut-on prier : il faut se rendre à la Maison de Dieu, il faut entrer dans l’Eglise, je veux dire reprendre conscience de son appartenance à l’Eglise. Qui s’isole jamais ne rencontrera Dieu, car c’est dans l’Eglise, Corps mystique de son Fils qu’il nous attend. (Lettre n° 61)

Ne commencez jamais votre oraison sans vous joindre au « Christ total », à la foule des croyants en adoration devant le Père, sans vous sentir au coude à coude avec vos frères de partout. Et puis priez avec eux, pour eux. Que de fois vous serez surpris de vous découvrir riche et fort, alors que vous étiez venu à la prière tout accablé de votre faiblesse, de votre pauvreté et de votre solitude. (Lettre n° 61)

Lorsque tu entends émettre une idée, ou qu’il t’en vient une paraissant contredire une tradition vénérable, indiscutable, essentielle de l’Eglise, commence donc, toujours, par accorder le préjugé favorable à la tradition. (Lettre n° 62)

Quand le chrétien prie, les anges aussitôt alertés sont irrésistiblement attirés vers lui ; ils viennent le convoquer à leur grande liturgie, et fraternellement l’y entrainer. (Lettre n° 63)

Le chrétien qui veut prier commence donc par s’agenouiller auprès de sa Mère priante. Lorsque, gagné par le recueillement de celle-ci, il entre par l’oraison dans la compagnie de son Dieu, c’est au tour de Marie de se faire présente à sa prière à lui. Car s’il est un spectacle de la terre qui émeut et réjouis son cœur maternel, c’est bien de voir un des siens s’essayer à parler au Seigneur et à l’écouter. Et, comme on abrite des deux mains une fragile flamme dans le vent, Marie, de sa toute-puissante prière, protège l’oraison de son enfant. (Lettre n° 64)

Celui-là parle bien de Dieu qui connaît Dieu, qui le connait de cette connaissance expérimentale (…). Sa parole atteint le moi intime de son interlocuteur, le « cœur » au centre biblique, le « centre de l’âme », comme disent les mystiques. (Lettre n° 66)

Toute mère de famille devrait toujours se demander, en face de l’insoumission de ses enfants ou de leur discorde, si la véritable raison n’en est pas qu’elle-même néglige ses rapports avec Dieu. (…) Faites donc plus large place à l’oraison dans votre vie et, j’en suis sûr, bientôt vous pourrez m’écrire : « j’ai amélioré mes rapports avec mon Seigneur et mon Seigneur a amélioré les rapports entre mes « jeunes fauves » que je ne désespère pas d’appeler bientôt mes « jeunes agneaux » ! (Lettre n° 67)

Ce Dieu sans cesse à l’ouvrage pour pardonner, régénérer et sauver, invite le croyant à travailler avec lui. Et prier c’est cela : coopérer avec Dieu. Tout d’abord pour qu’en chacun de nous l’œuvre de Dieu se réalise, que son nom soit béni, que son règne vienne, que sa volonté soit faite. (Lettre n° 70)

Que la véritable prière chrétienne, celle qui a pour ressort les seuls intérêts et la seule gloire de Dieu, soit retrouvée par les chrétiens, alors le christianisme connaîtra une pureté et une expansion nouvelle. (Lettre n° 70)

Vous faites la dure expérience de votre faiblesse spirituelle, de votre impuissance à servir Dieu ; vos défaillances vous accablent, votre stagnation vous décourage : bin loin de m’inquiéter, tout cela me révèle Dieu au travail dans votre vie. (Lettre n° 74)

L’oraison est le moment privilégié où l’espérance se renouvelle et s’exprime. Là elle puise une intensité nouvelle au souvenir des promesses du Seigneur ; dans l’aridité de la prière, elle devient plus avide, et quand le Seigneur se laisse entrevoir, elle s’élance vers lui plus bondissante. (Lettre n° 74)

C’est bien de désirer avidement l’union à Dieu, mais la route est longue, ou plutôt le sentier est escarpé : il faut s’y engager au pas calme, avec la respiration régulière de celui qui veut monter haut. (Lettre n° 75)

Souvent Dieu se fait le maître à prier de ses enfants : pour les décider à s’engager sur cette voie de l’oraison, il vient comme sensiblement à leur secours. Mais il faut bien savoir qu’après un temps il retirera ses grâces d’initiation pour que l’âme, sevrée, progresse dans la foi pure : ce que vous expérimentez dans la ferveur et la lumière, l’heure viendra pour vous, bientôt peut-être d’y croire dans l’aridité et la nuit. (Lettre n° 76)

Que les dons du Seigneur soient invitation à vous jeter dans ses bras et non pas tentation de vous complaire en eux. (Lettre n° 76)

Est-ce gratuitement que vous aimez le Christ ? (…) Ne vous seriez-vous pas laissé aller, inconsciemment, à pratiquer l’oraison plus pour retrouver la douceur de la présence du Seigneur que purement pour sa gloire ? (…) Quand Dieu nous accorde des grâces sensibles, il est bien difficile en effet que ne se mêle pas un subtil amour de soi à notre amour pour lui, que ne s’insinue pas, dans notre volonté de le glorifier un certain désir égoïste de jouir de lui. (…) voici ce que je vous recommande. Dès le début de l’oraison, affirmez à Dieu que vous y venez, parce que c’est sa volonté et pour lui plaire, que vous vous mettez à son entière disposition, sans conditions, que vous acceptez d’avance de ne trouver aucune grâce sensible, que vous lui demandez même de ne pas vous en accorder si cela peut contribuer à la venue de son Règne, à lui procurer plus de gloire. (…) (Lettre n° 77)

Il faut grande vaillance pour accepter la mort apparente de la sensibilité, de l’intelligence, du cœur. C’est bien cela : notre sensibilité, à force d’être sevrée de toute douceur, semble mourir ; notre intelligence, privée de toute lumière, paralysée dans sa méditation, semble mourir, et notre cœur devient insensible et comme incapable d’aimer. (C’est) le sacrifice d’oraison. (Lettre n° 77)

Tel doit être l’objet de notre prière : demander à Dieu qu’il nous apprenne à l’aimer, qu’il nous donne l’amour par lequel nous l’aimerons. Non pas un quelconque amour mais celui-là que les auteurs du Nouveau Testament désignent du mot Agapè. C’est un amour dont l’homme est radicalement incapable : divin, d’origine et de nature divines. Il est l’amour dont s’aiment éternellement le Père et le Fils dans l’exultation de l’Esprit Saint. Celui dont ils aiment aussi les hommes : qui s’est magnifiquement manifesté par le don que le Père nous a fait de son Fils, et par le sacrifice que le Christ nous a fait de sa vie.  (Lettre n° 79)

Il faut savoir renoncer à la présence sensible de Dieu pour accéder à une plus parfaite intimité avec lui. Il faut consentir à la nuit pour accéder à la vraie lumière. (Lettre n° 80)

Nos demandes de pain, de pardon, de grâces elles-mêmes doivent être en référence à Dieu, à sa gloire, lui être adressées non pas d’abord pour notre bonheur ni même pour notre salut mais bien pour que son nom soit sanctifié dans toute notre vie, pour qu’en nous et par nous son règne vienne et sa volonté soit faite. Ainsi comprise, la prière de demande est parfaitement pure et elle est une grande chose. (Lettre n° 80)

J’ai le sentiment de perdre mon temps à l’oraison… Vous préféreriez sans doute des pensées exaltantes, la ferveur, ou tout au moins un vrai recueillement. Mais êtes vous sûr qu’alors vous ne vous y complairiez pas, si bien que ce temps d’oraison, au lieu d’être pour Dieu serait pour vous, serait une recherche de votre satisfaction personnelle ? (Lettre n° 81)

Est-ce à dire qu’il faille faire fi de ces grâces que le Seigneur donne au cours de l’oraison : ce silence, cette paix, cette joie, ces pensées qui ont un goût divin ? Certes non. Si nous savions être tout attentifs au donateur plutôt qu’aux dons reçus, sans doute serions-nous plus fréquemment

Encore visités par l’Esprit Saint. Mais trop souvent les dons de Dieu nus détournent de lui. Etonnez-vous alors que par amour pour nous, il nous offre la disette plutôt que l’abondance. Il ne veut pas que nous puissions nous contenter de mois que lui. Et pourtant, qu’elle est grande son impatience de nous combler en se donnant lui-même ! (Lettre n° 81)

Tant que Notre Seigneur vous laissait entrevoir sa présence et son amour, c’était bien facile de vous attacher à lui, un peu comme les apôtres lorsque leur Maître ressuscité apparaissait au milieu d’eux. Mais si rien de sensible ne vient l’aider, votre foi est obligée de s’affirmer et de s’affermir. (…) Appliquez-vous donc très doucement, très paisiblement, au cours de vos oraisons désertiques, à croire que Jésus est là, aimant (son enfant) d’un très grand amour. Rien ne peut le glorifier davantage que cette foi imperturbable. (Lettre n° 82)

Dans vos oraisons sans bonheur, votre désir de retrouver le Christ, d’entrer plus avant dans son amour va s’intensifier. C’est essentiel, car en s’intensifiant le désir creusera votre âme, et ainsi vous pourrez offrir à la vie du Christ une place infiniment plus large. Sa grâce vous sera donnée d’autant plus abondante que vous serez vide et plus avide. Et cette avidité c’est la vertu d’espérance. (Lettre n° 82)

Votre amour du Christ se purifie dans ces oraisons qui ressemblent au purgatoire. N’avez-vous pas remarqué que souvent vous vous rendiez à l’oraison avec le grand désir de retrouver la si bonne joie que vous aviez la veille ? Preuve que vous n’y alliez pas uniquement pour plaire à Dieu, mais aussi par amour de vous-même. (…) Un jour (…) vous parviendrez même à être content quand votre oraison sera sans joie ; alors vous saurez que vous aimez Jésus un peu plus que vous-même. (Lettre n° 82)

Puissiez-(vous) un jour dire à Dieu (…) : « Seigneur ne t’en vas pas. Parce que, quand tu n’es pas là, moi je suis pauvre ». Ce jour vous saurez prier. (Lettre n° 83)

Si à l’oraison vous vous sentez porté à rester l’âme silencieuse et immobile auprès de Dieu que vous ne voyez pas, mais que vous savez bien être là ; si toute parole vous paraît superflue, beaucoup moins explicite et vraie que le silence de votre être offert au regard du Seigneur ; si en quittant l’oraison vous êtes paisible et comme renouvelé, alors ne cherchez pas davantage, c’est que l’Esprit Saint vous a introduit dans le royaume du silence. (Lettre n° 85)

Vous connaîtrez des jours où le silence sera vide, où n’être pas actif serait perdre votre temps. Revenez donc humblement à cette oraison que vous connaissez bien, qui consiste à penser à Dieu, à lui parler, à lui présenter qu’il les bénisse ceux que vous allez rencontrer dans la journée, les tâches que vous devez accomplir. (Lettre n° 85)

Parfois, il vous arrivera d’hésiter sur ce que vous devez faire. Ce sera comme si, tout au fond l’âme était éveillée et attentive à Dieu en une zone inaccessible au bruit tandis que, dans la périphérie, imaginations, émotions, passions, pensées, sentiments sont déchaînés. Ne vous inquiétez pas, soyez tout simplement d’accord avec votre âme profonde. Quant au reste, tout cela qui s’agit et vous sollicite, traitez-le par le désintérêt, désavouez-le : désavouer, c’est rendre inoffensif. (Lettre n° 85)

Si vous avez l’impression que le silence intérieur est plus vrai, plus réel, vous engage plus profondément que des paroles, alors sans hésiter, optez pour le silence. Et surtout repoussez la tentation de vous croire pour autant inactif : au plus intime de vous-même il y a une activité fine, subtile, très pure, peu perceptible parce que très spirituelle. C’est une orientation toute simple vers Dieu de votre être profond, une activité bien plus réelle et vraie que les effervescences de la sensibilité ou de l’imagination, que les pensées ou les sentiments les plus exaltants. Elle est divine, suscité en vous par l’Esprit du Seigneur. Ces moments de silence sont des moments privilégiés de l’oraison. Mais attention n’essayez pas de les provoquer. Il ne vous appartient pas à vous-même de vous mettre dans cet état d’âme ni de vous y maintenir. C’est l’affaire de la grâce. Aussi quand vous ne trouvez pas en vous cette inclination au silence, revenez tout bonnement à votre ancienne forme d’oraison : pensez à Dieu, parlez-lui, aimez-le, offrez-vous. Mais soyez prêt à quitter toutes ces activités dès que l’Esprit Saint vous invitera de nouveau au silence. (Lettre n° 87)

Ces « bouffées de prières », (…) qui viennent dans la journée à un moment où vous n’essayez pas de prier, sont probablement invitation à une plus grande passivité devant Dieu, à plus de souplesse et de docilité intérieures, afin qu’à votre âme apaisée et disponible l’Esprit Saint puisse communiquer ses impulsions divines et sans doute déjà vous initier à la contemplation infuse. (Lettre n° 88)

« Je voudrais savoir prier »… Rendez grâce à Dieu ! Ce désir ne peut venir que de lui. (…) Ceux qui ont trouvé Dieu voudraient bien nous livrer leur secret mais ils se heurtent à une impossibilité : ni les mots, ni les concepts ne peuvent exprimer l’intimité de l’âme avec son Dieu. Ils assurent que le chemin de la prière n’est pas une impasse, qu’il débouche sur une clairière, qu’il aboutit à une expérience divine et que cette expérience est ineffable. (Lettre n° 91)

Je dirai du vrai mystique vrai qu’il perçoit au « centre de l’âme » la présence active de Dieu et en reçoit des impulsions variées : à la prière, à l’amour, à l’action, au sacrifice de soi… (Lettre n° 93)

Cherche donc Dieu, livre ton esprit à l’emprise croissante de son amour, tu ne tarderas pas à constater que l’ordre et la paix, progressivement s’instaureront en toi. (Lettre n° 95)

Qui pratique l’oraison, fidèlement, ne manque pas de faire parfois l’expérience (d’un grand repos). Les auteurs spirituels parlent d’oraison de quiétude. (…) Lorsque l’âme vient se présenter à l’oraison, quand même elle y viendrait dans le dessein de s’occuper de sujet particulier, elle s’y trouve aussitôt, sans qu’elle sache comment, recueillie au-dedans d’elle-même, avec un doux sentiment de la présence de Notre Seigneur. (…) Dans la mesure où le chrétien parvient à prier sans cesse, selon le précepte du Christ, il peut très bien vivre continûment sans sortir du repos de Dieu, au sein même d’une existence fiévreuse. (Lettre n° 100)

(Extraits recueillis par Anne-Sophie Dallemagne)

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