Les Vertus morales - La Justice

 
 

I. La Vertu de Justice

1. Son objet et sa nature

La Justice tire son nom même du « Droit » (en latin « jus »). La Vertu de Justice est cette manière toute spéciale de faire le bien qui consiste à établir, à respecter et le cas échéant à restaurer le droit.

 

Mais qu’est-ce que le Droit ? C’est l’ensemble des choses que chacun peut légitimement revendiquer comme lui appartenant en propre, et contribuant à l’intégrité de son être, ou comme lui étant dues pour l’achèvement et l’épanouissement de sa nature. A chaque « droit » chez quelqu’un correspond un « devoir » chez autrui.

 

La Justice présente des caractères fondamentaux :

- Elle inspire et guide l’homme non plus dans sa conduite personnelle mais dans ses rapports avec autrui. C’est la Vertu altruiste.

- Elle agit dans les rapports entre les hommes. L’ordre réalisé par cette Vertu n’est pas au-dedans de l’homme mais en dehors de lui : par conséquent, un homme désordonné dans sa vie intime peut rester juste néanmoins s’il est attentif à respecter les droits d’autrui.

 

Quelles sont les sources du « Droit » ? Le droit naturel confère à la vie humaine un caractère sacré, une sorte d’immunité et se fait le bouclier des faibles. Le droit naturel survit dans la conscience humaine, il est la puissance universelle à laquelle les hommes peuvent recourir en tous temps et en tous lieux.

 

On l’appelle « Droit des gens », lorsqu’il désigne la force spirituelle dont les nations reconnaissent l’autorité pour sauvegarder la vie et tout ce qui touche à la personne humaine. Si ces principes sont codifiés, c’est une promulgation du Droit naturel ou du Droit des gens.

 

Sur la base de ces principes, on édifie des législations destinées à en préciser l’application, c’est le Droit positif (on trouve le droit privé, le droit public avec leurs matières). Au sommet du droit positif, se place le Droit ecclésiastique, code humano-divin. Il trace la règle à suivre (droit canonique) tant pour les chrétiens à l’égard de l’autorité que dans les rapports mutuels. Parfois, dans le Droit positif, les hommes peuvent trouver des prescriptions en apparence arbitraires dont ils ne discernent pas la parenté avec le Droit naturel. C’est alors le moment de se souvenir que le bien commun doit l’emporter sur le particulier.

 

C’est en Dieu il faut chercher l’origine et le caractère de la Justice. Pour devenir juste, il faut entrer dans l’Esprit qui fait les lois, c’est-à-dire dans un Esprit immortel qui subsiste toujours égal malgré le changement des affaires.   

 

 

2. Son importance

 

Platon voyait dans la Justice, la « Vertu fondamentale » de laquelle découlent la sagesse et la prudence, Justice de l’Esprit ; le courage et la force, Justice du cœur ; la tempérance, Justice des sens. La Justice serait alors partout. 

 

La Justice, au sens strict est la Vertu sociale, base de la vie en société. Imaginerait-on une société sans respect du Droit ? Comme le bien commun l’emporte sur le bien particulier, la Justice apparaît supérieure aux vertus individuelles. En effet, ce qui contribue le plus puissamment à grandir l’homme, à en faire un « juste » c’est le constant souci de sauvegarder les droits d’autrui, fût-ce au prix du renoncement à ses propres droits.

 

L’homme de « devoir », toujours en dette, laisse ses droits personnels au second plan pour satisfaire aux droits du prochain. Il voit dans la Justice, non pas la revendication de ses droits personnels mais la face généreuse et dévouée qui sert le droit d’autrui.

 

3. Le Vice opposé à la Justice

 

L’injustice consiste à « faire injure ». Il ne s’agit pas seulement des paroles injurieuses mais aussi de tout ce qui nie le Droit. Non pas une simple ignorance ou une erreur mais le refus délibéré et voulu d’accorder à autrui ce qui lui appartient ou lui revient légitimement.

 

La gravité de l’injustice se proportionne à l’importance des droits violés, laquelle se mesure sur la valeur des biens : par exemple, il est plus grave de porter atteinte à la vie de quelqu’un que de s’attaquer à sa fortune, de le blesser dans son âme par la calomnie et le scandale que de frapper son corps.

 

La condition de la personne lésée modifie aussi le caractère de l’injustice. Le même outrage est plus grave s’il est proféré à l’égard d’un père que d’un étranger car le père a droit à plus de respect.

 

 

II. Les parties de la Justice

 

Les obligations de la Justice sont déterminées par la Loi. La Justice particulière précise ce qui revient à chacun en particulier.

 

Il existe différentes formes de la Justice, désignées sous le nom de parties subjectives de la Justice, auxquelles correspondent autant de vices opposés.

 

Puis, il faut analyser les opérations qui assurent l’intégrité de la Justice : ce sont les parties intégrantes de la Justice. Enfin d’autres Vertus se rattachent à la Justice : ce sont les parties potentielles ou vertus annexes de la Justice.

 

 

1. Parties subjectives de la Justice particulière

 

Il s’agit de la Justice distributive et de la Justice commutative.

 

La Justice distributive considère les droits de la personne humaine comme membre de la société, membre d’un corps organisé : les personnes ont des droits proportionnés à la place qu’elles occupent et aux charges qu’elles remplissent. Le propre de la Justice distributive est de discerner avec exactitude tant les besoins que les mérites de chacun afin de faire de tous les biens matériels ou spirituels une répartition judicieuse et équitable. Œuvre délicate puisqu’elle se heurte aux appétits égoïstes et passionnés des hommes, aux jalousies. En la matière pas d’égalitarisme puisque les hommes dotés de qualités individuelles différentes ne sont par nature pas égaux. Vertu sociale, la Justice distributive concerne tous les membres de la société ; elle pratique l’équité.

 

La Justice commutative établit l’égalité entre les choses que les hommes sont amenés à échanger entre eux (exemple : le contrat de vente, qui opère un échange entre la monnaie et l’objet en tenant compte d’un juste prix, entre une prestation de travail et un salaire proportionné…). Les qualités des personnes n’entrent plus en ligne de compte. Bien sûr, il ne saurait être question de marchander des choses qui ne sont pas estimables en argent comme la vie humaine, la liberté, l’honneur ou la vertu. Il se rend coupable d’injustice celui qui délibérément livre sa vie, aliène sa liberté, renonce à son honneur, ou sacrifie sa vertu, moyennant une rétribution quelconque. Celui qui lèse son prochain dans cet échange doit alors restitution par une compensation équivalente au tort causé, même si le prochain se tait, n’a pas la notion du dommage, ou s’il a donné son consentement un peu vite. 

 

 

Quels sont les Vices opposés à la Justice ?

 

Le Vice opposé à la Justice distributive est l’acception des personnes : elle consiste à donner un avantage à une personne particulière au détriment du bien commun. C’est le cas du népotisme ou du favoritisme ou encore des remerciements pour une gracieuseté.

 

* Il existe plusieurs vices opposés à la Justice commutative.

- L’attentat contre la vie (l’homicide) : on ne vise pas toute vie animale ou végétale, car le Décalogue ne détermine que les rapports des hommes avec Dieu ou entre eux et il n’abolit pas la loi de nature qui a conféré à l’homme une souveraineté sur les êtres inférieurs, souveraineté qui va jusqu’au droit de vie et de mort, dans la mesure de ses besoins et de son utilité. Mais est visé l’atteinte à la vie : l’avortement, l’euthanasie, le suicide. L’homme n’est pas propriétaire de sa vie, il n’en est pas le maître absolu mais il doit la tenir sans cesse à la disposition de son véritable propriétaire.

- Les offenses à la Personne Humaine : la personne humaine, créature de Dieu a droit au respect.

- Les violations du droit de propriété (vol, rapine et escroquerie) : le droit de propriété découle du droit naturel, du droit de vivre ; à ce droit correspond pour chacun le devoir de respecter la propriété en ne commettant ni vol (la violation de la propriété d’autrui), ni rapine (vol avec violence c’est-à-dire une injure à la personne) ni encore escroquerie (vol qui se double d’un mensonge). La gravité de la faute dépend de la valeur du bien dérobé et de la qualité de la personne lésée.

- Atteintes à l’honneur, à la réputation, à la paix : ce sont les péchés de paroles. Il s’agit des insultes ou de paroles offensantes. Il en existe diverses formes : les reproches immérités (atteinte à l’honneur), le blâme inopportun ou expression trop dure (qui froisse la sensibilité et blesse en voulant guérir), les accusations publiques alors qu’un avertissement privé suffirait (atteinte à la réputation), les mouvements d’humeur (la parole dépasse la pensée et meurtrit), la franchise trop brutale qui oublie que toute vérité n’est pas bonne à dire. La détraction consiste à attaquer une personne par derrière, en son absence ; la médisance dit du mal (un mal qui peut être réel mais qui ne permet pas de souligner les qualités et les bienfaits de la personne ; les soupçons et jugements téméraires laissent supposer que certains faits aient été possibles ; la calomnie invente les faits ; la diffamation est une sentence prononcée contre la personne en son absence ; la zizanie est la parole qui jette le mal au milieu du bien ; la dérision consiste à faire rire à son sujet et à ses dépens en le tournant en ridicule (c’est ce genre de dérision qu’emploie les impies à l’égard des chrétiens : ces derniers au lieu de rougir de leur foi devraient être fiers d’être méprisés au Nom de leur Maître) ; la malédiction consiste à souhaiter du mal à quelqu’un (mais il faut savoir que la parole humaine n’a pas le pouvoir de faire tout le mal qu’elle désire).

 

 

2. Parties intégrantes de la Justice

La Sainte Ecriture appelle « justes », les parfaits observateurs de toute la Loi. Cette Justice consiste à éviter le mal et à faire le bien. Elle résume toute la Loi morale et englobe toute l’activité humaine. Ainsi, celui qui se vante de ne pas causer de tort à son prochain ou celui qui se permet des exactions parce qu’à côté il pratique le Bien, n’est pas Juste : « ne pas faire le mal, c’est bien, mais ne pas faire le bien, c’est mal ».

 

Les infractions à la Justice peuvent concerner le fait « de faire le mal » (une transgression qui consiste à passer outre à une interdiction) ou « ne pas faire le bien » (une omission qui consiste à dédaigner une prescription) : injustice dans les deux cas, la transgression refuse de respecter l’équité, l’omission néglige de la promouvoir.

 

De ces deux fautes, laquelle est la plus grave ? Cette gravité est proportionnée à l’importance du précepte enfreint (la matière du péché) ; puis à la délibération et au volontaire (le péché formel).

 

En théorie, une transgression est plus grave qu’une omission. La raison en est que la gravité du péché se mesure à son éloignement de la vertu. Or, la simple négation d’une chose est moins opposée que son contraire. Et si l’omission est un manquement à la vertu, une attitude qui éloigne plus ou moins de l’état vertueux, la transgression est la destruction même de la vertu, une attitude diamétralement opposée à l’état vertueux. Ainsi l’homme qui omet de rendre un culte à Dieu est coupable d’omission, tandis que celui qui rend un culte à un autre dieu est idolâtre et coupable de transgression.

Mais, l’omission peut devenir une faute très grave qui peut mériter la damnation éternelle : « tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu » : point n’est besoin d’y trouver de mauvais fruits. La stérilité et l’inutilité de la vie sont lourdes de responsabilités et de menaces…

 

 

3. Parties potentielles de la Justice

 

Une vertu cardinale est appelée ainsi parce qu’elle est comme le centre autour duquel gravite et se déploie une activité humaine variée. La Vertu de Justice est de toutes les Vertus cardinales celle dont le champ est le plus étendu, celle à laquelle se rattache par conséquent le plus grand nombre de vertus annexes.

 

Le point commun des Vertus reliées à la Justice c’est qu’elles concernent les relations de l’homme avec son prochain, en vue de lui rendre ce qui lui est dû.

a. La Religion - la Piété - l'Observance

 

La première catégorie de ces vertus comprend la Religion qui prescrit les devoirs envers Dieu, la Piété, ensemble des devoirs envers les parents et la patrie et l’Observance, respect et soumission à l’égard des supérieurs. Dans cette catégorie, il est impossible d’accorder au prochain autant que le réclamerait son droit en stricte Justice : par exemple un homme ne rendra jamais à Dieu ni à ses parents autant qu’il leur doit.

* La Religion

* Sa nature

 

La Religion désigne les relations de l’homme avec Dieu. Au droit illimité du Créateur sur sa créature correspond chez la créature le devoir de dépendance totale.

 

La Religion est une Vertu surnaturelle, c’est-à-dire une puissance qui tout en restant dans l’homme et utilisée par lui, s’anime d’un souffle divin pour porter progressivement la nature humaine jusqu’à sa perfection. La Religion n’est pleinement réalisée que lorsqu’au terme de rencontres successives plus intimes, à mesure qu’elles sont plus fréquentes, s’accomplit l’union totale et indissoluble entre l’homme et Dieu.

 

D’une série d’actes intermittents, la Religion tend donc à devenir un état permanent. L’homme atteint alors la sainteté, apogée de la Vertu de Religion et achèvement suprême de la destinée humaine. En définitive, la Religion s’identifie avec la sainteté : soumettant à Dieu sans réserve toute la personne humaine, et l’exercice de toutes ses facultés, elle suppose et stimule toutes les vertus. 

 

La Religion voit Dieu sous l’aspect de « Souverain Maitre » et détermine l’homme à Lui rendre les honneurs qu’Il mérite à ce titre, honneurs divers dont l’ensemble constitue le « culte ».

 

La Vertu de Religion se distingue des Vertus théologales : les premières permettent de « s’approcher de Dieu » pour l’honorer tandis que les secondes, permettent de « saisir Dieu » pour en faire l’élément vivifiant de l’esprit et du cœur.

Dans les Vertus morales, la Religion prend le premier rang car elle transporte l’âme humaine aussi près de Dieu que possible, en attendant l’entrée dans la vie divine qui s’opère par les vertus théologales. 

 

  

* Ses Actes

 

- Les Actes intérieurs 

 

L’homme sert Dieu avec toute sa personne. Cela se traduit par

 

- la Dévotion, qui se définit comme le fait de « se livrer avec empressement à tout ce qui regarde le service divin ».

 

« Dévot » signifie « dévoué » et plus encore « voué » : le seul but est de servir. Dieu mérite le dévouement total de l’être humain et Dieu en retour comble sa créature. Le dévouement doit dépasser le devoir qui est déjà admirable pour se donner entièrement par Amour. L’Amour provoque la dévotion et la dévotion entretient l’Amour.

La Dévotion se distingue des dévotions qui sont des empressements vers d’autres que Dieu, comme le culte rendu aux Saints : ce culte est bon mais ne doit pas supplanter Dieu ou le faire oublier ou encore voir dans les Saints des personnages influents au service de nos intérêts temporels.

 

- la Prière est la requête qui s’adresse à Dieu : l’homme ne commande rien à Dieu mais il Le prie. La Prière exprime la dépendance de la créature vis-à-vis du Créateur et en même temps la Prière élève l’homme en l’associant à l’œuvre divine. L’Evangile insiste sur la nécessité et l’efficacité de la Prière. La Prière n’a pas pour objet d’influencer la volonté divine mais de la connaître et de l’accomplir. Priver l’homme de la Prière l’empêche d’obtenir par ses demandes ce qu’il ne peut réaliser par ses propres moyens.

La Prière doit avoir pour objet des demandes faites à Dieu de choses qui conviennent réellement et non pas celles que nous croyons convenables. L’humilité est la première qualité de la Prière : le « priant » se résout aux desseins de Dieu et ne souhaite que l’accomplissement intégral de la Volonté divine.

La prière est un acte mental : élévation de l’âme jusqu’à Dieu, accord de sa pensée et unanimité de sa volonté avec la Pensée et la Volonté divines, un tel mouvement se passe de paroles.

 

La Prière est enfin réciproque : elle se fait secours mutuel, prière les uns pour les autres.

 

 

- Les Actes extérieurs 

 

L’Adoration : Culte de « latrie », strictement dû et réservé au Créateur et Maître, son but est d’affirmer l’absolue souveraineté de Dieu et la totale dépendance de l’homme. Cette vérité nécessite l’extériorisation des sentiments intimes car ce serait une erreur de croire que l’homme peut agir comme un pur esprit et adorer à la manière des anges. L’homme doit se prosterner ou s’agenouiller en signe extérieur de la reconnaissance de la souveraineté de son Créateur.

 

- Le Sacrifice : en termes théologiques, sacrifier c’est « rendre saint ». Les martyrs, victimes malgré eux saisissent alors l’occasion de transformer leur mort en sacrifice. Le martyr remet entièrement sa vie entre les mains de Dieu.

 

- Les Oblations, Prémices et Dimes : l’offrande spontanée de choses matérielles dont la nature et la valeur sont laissées au libre arbitre de chacun s’appelle une Oblation. Les prémices sont une contribution en nature ou en argent dont le minimum est légalement fixé. La dîme représente le dixième des revenus. Toutes expriment la gratitude de l’homme envers le Divin Bienfaiteur. Les quêtes et denier du culte sont des formes modernisées de ces participations.

 

- Le Vœu : certaines âmes perçoivent un appel particulier ; elles se vouent, c’est-à-dire qu’elles se consacrent au service d’une cause déterminée, à tel point qu’elle cesse de s’appartenir et ne peuvent plus se soustraire à l’engagement contracté. C’est un engagement formel, renforcé par un serment pris à l’égard de Dieu. Le Vœu ne s’adresse qu’à Dieu, autrement il n’est pas un acte de la vertu de Religion. Ce vœu dépasse bien entendu la promesse d’accomplir son devoir, puisque ce devoir s’impose déjà. Et bien sûr une pratique superstitieuse ou une action répréhensible ne peut faire l’objet d’un vœu. Dieu serait alors plus outragé qu’honoré, et l’homme serait coupable.

Le vœu trouve son expression la plus haute dans le « vœu de Religion », acte qui remet délibérément à Dieu tout ce qu’il est possible à un être humain d’offrir. Ce don total se détaille en vœu de pauvreté qui abandonne les biens matériels, en vœu de chasteté qui livre les forces corporelles et en vœu d’obéissance qui soumet toutes les puissances de l’âme.

Toute émission de vœu doit s’entourer de prudence et de conseils : ce n’est pas tout de promettre, il faut pouvoir tenir ! Mais prudence n’est pas pusillanimité ; et se confier en Dieu est un devoir primordial. Si par suite de circonstances imprévues, l’exécution d’un vœu s’avère impossible, il peut faire l’objet d’une dispense régulière. Lorsqu’il s’agit du vœu de Religion, sa dispense est plus difficile car l’appartenance à Dieu qui est faite est totale et irrévocable mais là encore des circonstances particulières peuvent justifier sa dispense.

 

 

- L’usage du Nom de Dieu

 

C’est honorer Dieu que de prononcer son nom avec Honneur. C’est reconnaître sa suprématie que de l’invoquer.

 

- Le Serment : il ne faut pas déranger Dieu à tout propos. Le Serment est réservé aux circonstances graves ou à l’affirmation de vérités qui ont une importance exceptionnelle. Il est une attitude détestable, celle des hommes qui prononcent le « Nom de Dieu » à tort et à travers, croyant appuyer leurs dires ou donner à leur courroux un accent plus menaçant. Ces manies se remarquent surtout chez des personnes habituées à dissimuler la vérité, qui pour une fois se disposent à la dire. Le Christ nous demande de ne pas proférer de serments.

 

- L’Adjuration : c’est un appel de l’autorité humaine à l’Autorité divine, en vue de vaincre la résistance d’un sujet. L’adjuration est un moyen pour un supérieur de renforcer son autorité en rappelant qu’elle dérive de celle de Dieu et mérite la même obéissance. Hommage à l’Autorité souveraine de Dieu, c’est ce qui en fait un acte religieux. Dans les rapports autres que ceux de supérieur à inférieur, c’est un moyen de supplier pour réveiller dans une âme humaine quelque grande vertu héritée des attributs divins. Enfin, l’adjuration est utilisée par l’exorciste qui par le recours à l’intervention de la Puissance céleste invoquée par le ministre chasse Satan et triomphe des forces de l’enfer.

 

- La Louange : la louange prononce le Nom de Dieu avec un entier désintéressement. C’est une forme de l’adoration et un témoignage de reconnaissance. Au lieu de louer on dit parfois bénir (au sens de sire le bien). Cette louange se fait par les psaumes, les hymnes et les cantiques. La louange est le signe que Dieu est connu, estimé, aimé ; par son côté extérieur et public, elle est aussi une révélation de ses grandeurs et de ses bienfaits, puis une invitation et un stimulant pour ceux qui l’ignorent encore ou le délaissent, à le glorifier.

 

 

 * Les vices opposés à la Religion

 

- La superstition ou caricature de la Religion

 

* Faux culte du vrai Dieu

Ce n’est pas l’excès qui est à craindre car l’homme ne saurait trop faire pour honorer son Dieu. C’est la déviation, par suite d’une substitution des inventions humaines aux prescriptions divines. Est faux le culte imaginé par les hommes, (qui ne sont précisément pas l’Eglise, qui seule a le pouvoir de légiférer), même s’il est rendu au vrai Dieu et avec une intention véritable de l’honorer, dès lors qu’il n’est pas conforme aux normes établies par Dieu même et par ses représentants : par exemple, substituer à la messe du Dimanche, l’accomplissement d’une œuvre de bienfaisance.

 

* Vrai culte d’un faux dieu : idolâtrie

Le culte de latrie est la reconnaissance de la Souveraineté suprême exclusivement réservé au vrai Dieu. Le rendre à un être quelconque spirituel ou matériel c’est détrôner le Créateur pour Lui substituer une créature. Tel est le cas de certains chrétiens qui honorent telle image ou statue au point de confondre la représentation ou le symbole avec la réalité.  L’homme doit s’élever par les choses visibles aux choses invisibles et s’il plaît à Dieu de manifester sa Puissance et sa Bonté en tel lieu ou par l’intermédiaire de tel symbole, libre à Lui ! Mais le chrétien doit être attentif à ne rendre le vrai culte de latrie qu’au seul vrai Dieu.

 

* Divination

Parmi les choses qui ne viennent que de Dieu se classe la connaissance de l’avenir. Rien n’est caché pour Celui qui gouverne l’univers et du sommet de son Eternité voit tout dans un perpétuel présent. Et c’est à dessein qu’Il jette sur l’avenir un voile impénétrable exigeant que l’homme reste soumis à sa condition d’être temporel et ne connaisse les phases successives de sa vie qu’au fur et à mesure de leur apparition. L’homme peut par la prière demander à Dieu qu’Il daigne faire entrevoir quelque chose de cet au-delà dans la mesure où cette vue anticipée serait un bienfait et un stimulant. Mais l’homme outrage Dieu s’il veut lire dans la pensée divine par l’astrologie, la cartomancienne, la chiromancienne, l’augure, la géomancie, la nécromancie, la spiritisme…

 

* Vaines observances

Les vaines observances (ou superstitions) consistent à attribuer à certains objets ou à certains faits une puissance hors de leur portée et le vénérer. Ex : les porte-bonheurs, le mauvais sort, la neuvaine ou le chiffre 13… C’est dans la mesure où s’attiédit la Foi, où s’atténue la croyance aux Vérités révélées et la confiance aux promesses divines que les populations apportent plus de crédit à ces fables.

 

 

- L’irreligion

 

* La tentation de Dieu

Tenter n’est pas synonyme d’inciter au mal mais signifie mettre à l’épreuve, obliger Dieu à révéler son pouvoir. L’homme tente Dieu lorsqu’il le somme d’intervenir et de montrer ce qu’Il est, non plus par des supplications dans l’humble prière mais sur un ton d’injonction : « puisque Dieu est tout puissant, qu’Il me sauve ! ». C’est un excès de confiance où l’homme décide et commande, Dieu n’est que le valet qui accourt pour satisfaire les caprices de sa créature. Tel est le cas aussi des chrétiens qui prient si mal en ne réclament que des faveurs temporelles ou des miracles. Il faut implorer la miséricorde divine, espérer des prodiges quand l’homme a épuisé toutes les ressources de sa bonne volonté et s’il existe une utilité réelle.

 

* Le Parjure

Le mensonge est un péché. Il devient une infamie quand il ose réclamer la complicité de Dieu. Le parjure voudrait obliger Dieu à mentir. Tel est le cas de l’homme invoque le Nom de Dieu pour Lui demander de confirmer la vérité de ce qu’il avance alors qu’il dit un mensonge ; l’homme, ayant fait un serment devant Dieu viole délibérément ce serment entraînant l’honneur de Dieu dans le même discrédit que son honneur personnel.

 

 

* Le Sacrilège

« Léser les choses sacrées » (personnes, édifices, objets). La faute réside dans la volonté de profanation. Il faut tenir compte de la valeur de la chose lésées, c’est-à-dire de leur proximité avec Dieu : les Sacrements, signes et instruments directs de la Grâce divine, méritent la plus grande vénération et leur profanation est de ce fait le sacrilège le plus outrageant. Ensuite les ministres de Dieu, investis de ses pouvoirs pour administrer les sacrements, méritent un grand respect puisqu’ils représentent Dieu. Enfin les édifices et objets.

 

* La Simonie

Le mot est dérivé de Simon, magicien qui converti au Christianisme avait cependant gardé le goût des prodiges qui émeuvent les foules. Voyant Pierre et Jean accomplir des prodiges, il a pensé pouvoir acheter ce pouvoir et s’attira la malédiction de Pierre. Les Grâces ne s’achètent pas : les ministres ne sont que les dispensateurs et non les maîtres de ces Grâces. Et cependant les quêtes sont faites au cours des cultes, des tarifs sont imposés pour certaines cérémonies et le chrétien qui demande la célébration d’une Messe « paie ». En fait, l’offrande remise dans ce cas spontanément ou obligatoirement n’est qu’une indemnité accessoire et n’est pas le prix du Sacrement. Les frais matériels du culte divin et la subsistance matérielle des ministres justifient cette participation pécuniaire de tous ceux qui recourent aux services de ces choses et de ces personnes.

* La Piété

La piété concerne d’abord les devoirs envers les Parents. Ceux-ci méritent respect, soumission reconnaissance, dévouement. Cette piété doit se traduire par des actes concrets et pas seulement de belles paroles.

 

La Piété concerne aussi la Patrie composée des ancêtres depuis les âges lointains : elle est cet assemblage de choses matérielles et de qualités humaines, de territoires et de culture intellectuelle, de climat, d’institutions qui constituent le patrimoine que chaque génération est fière de transmettre.

 

* L’Observance

La Vertu d’Observance consiste à rendre un hommage particulier aux supérieurs : c’est la dulie. Elle consiste à honorer la dignité et la bienfaisance des Supérieurs, ce qui se traduit par des marques de respect et de reconnaissance à l’égard du dépositaire de l’autorité.

 

Celui qui détient cette autorité n’est alors que l’instrument de l’action divine, sa puissance descend de Dieu : les détenteurs de l’autorité ne sont jamais que des subalternes soumis à Dieu.

 

Cette observance commande l’obéissance de l’inférieur qui en obéissant se hisse à la volonté de Dieu. Il ne faut pas oublier que tout homme est tour à tour meneur et mené, supérieur et inférieur.

La désobéissance est la base de tout péché dont la gravité dépend du précepte transgressé, du rang du supérieur, de la responsabilité du pécheur, qui peut aller de l’oubli jusqu’au mépris délibéré de la Loi.

 

 

b. La gratitude - la vengeance - la véracité - l'affabilité - la libéralité

La seconde catégorie comprend : la gratitude envers les bienfaiteurs, la vengeance au sens de répression du mal, la vérité ou franchise dans les conversations, la libéralité qui est la bienfaisance envers les malheureux et l’affabilité dans le commerce avec autrui.

 

Dans ce cas, le « devoir » n’est pas aussi urgent que dans la Justice proprement dit, il laisse au débiteur une certaine latitude : par exemple, s’il est obligatoire de pratiquer la libéralité envers les pauvres, il n’y a pas de chiffre déterminé.

 

* La gratitude ou la reconnaissance

L’homme reconnait la sollicitude dont il est l’objet, d’où le nom de « reconnaissance » ; il prend conscience que tout lui est accordé gratuitement, d’où le nom de « gratitude ». Le propre de la dette de reconnaissance est de ne jamais pouvoir être acquittée : « un cœur reconnaissant est comme un champ fertile : il rend plus qu’il ne reçoit et pourtant il voudrait rendre toujours davantage ».

L’ingratitude est donc blâmable à la fois comme un mensonge en acte et une injustice. Sa gravité est variable depuis le simple oubli jusqu’à l’orgueil. L’ingrat est dit « sans cœur ». Ce vice est fréquent qui consiste à prendre tout bienfait gratuit pour une chose due et ne voit pas qu’il y ait lieu à reconnaissance. A l’égard de Dieu, en dépit du péché de sa créature, le Créateur-Bienfaiteur, meilleur que l’obligé, continue par sa Providence à prodiguer des bienfaits.  

 

* La vengeance ou répression

La Répression vise à neutraliser ou réparer les effets d’une mauvaise action et du même coup à rétablir ou promouvoir le bien. 

 

C’est le rôle de l’application des lois pénales qui vient à réprimer les actes mais non les hommes. Chaque homme est aussi tenu de contribuer au bien commun ce qui peut le conduire à dénoncer les êtres nuisibles, sans tomber dans l’assouvissement de quelques rancunes personnelles.

 

* La Véracité

La « Véracité » est l’attitude subjective de l’homme qui conforme ses paroles et ses actes à la Vérité. La Vertu de Véracité est à peu près synonyme de franchise et de sincérité. Il est cependant difficile d’être vrai lorsqu’il faut consentir à laisser voir ses défauts… ; et comment concilier Véracité et Humilité ? L’Humilité peut redouter de voir les qualités d’une personne mises à jour, mais cette personne humble et vraie les attribue en réalité à Dieu : ainsi la Vierge dans son cantique ne nie pas les merveilles réalisées dans son âme mais y reconnait l’œuvre du Tout Puissant.

Est appelé « Mensonge » tout ce qui contrevient à la Vérité que ce soit par parole, par action ou par omission. L’homme ment pour tenter de se faire voir autre qu’il n’est, pour tromper ses semblables.

 

Est appelé Jactance, le fait de se faire passer pour meilleur pour s’attirer des louanges imméritées ;

 

L’ironie est le fait d’un homme qui se déprécie et jette le discrédit sur sa personne, c’est une feinte de l’orgueil, puisqu’il nourrit l’espoir que ce discrédit attirera des louanges.

Le mensonge joyeux vise à distraire : personne n’y croit et il n’a pas l’intention d’induire en erreur, c’est une manière de plaisanter ; le mensonge officieux a un but utilitaire (ex : se disculper soi-même ou atténuer la faute d’autrui ou encore éviter un malheur) : il est excusable. Le mensonge par réticence   devient explicable lorsque la personne n’a pas droit à la vérité, c’est une forme de discrétion ou de réserve (dire la vérité n’exige pas de dire toute la vérité). Le mensonge pernicieux ajoute à l’offense à la Vérité la volonté de causer un dommage à quelqu’un, c’est l’œuvre de Satan.

L’hypocrisie est le vice des gens qui tentent de se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas : il est de tous les péchés celui qui a offusqué le Christ dans la personne des Pharisiens.

 

* L’Affabilité

C’est la Vertu qui rend sociable : c’est l’agrément dans l’échange des paroles. La politesse, la courtoisie, le savoir-vivre en sont les formes les plus courantes. Cette affabilité tend à développer l’esprit de fraternité, c’est la première expression pratique de la Charité universelle.

L’excès d’affabilité devient adulation ou flatterie et préside aux relations mondaines. Ces belles manières purement conventionnelles sont possibles mais deviennent des vices si elles sont dictées par l’intérêt. Le manque d’affabilité engendre le litige, puisque le litigieux entend dominer et avoir raison contre tout le monde.

 

 

* La Libéralité

La libéralité est l’empressement à faire part aux autres des biens matériels dont on est détenteur. Ce n’est pas l’importance du don qui fait la libéralité mais la manière de donner. Seule une conscience avertie dicte l’obligation et les proportions de la libéralité. L’homme libéral n’est pas calculateur et n’attend de son geste aucun avantage personnel. L’homme est non pas propriétaire mais intendant des biens dont il a le dépôt et les répartir en songeant aux autres avant de songer à lui-même.

Deux vices s’opposent à la libéralité. L’Avarice est l’amour immodéré des richesses jusqu’à friser l’idolâtrie ; elle est un des péchés capitaux. La Prodigalité consiste à faire des dépenses exagérées et injustifiées en pure perte. Il faut distinguer la prodigalité de la Munificence, qui dans la somptuosité déployée pour accomplir le Bien, reste une vertu.

 

c. L’Epikie

Une dernière vertu intervient pour dicter la conduite à tenir dans chaque circonstance déterminée, l’Epikie. Vertu qui apprend à peser le pour et le contre, à chercher dans la loi l’esprit plus que la lettre, à décider ce qui convient le mieux.

 

 

 

IV. Le Don de Piété

 

Le don de Piété autorise la créature à se comporter comme un enfant envers le Créateur. La Piété filiale contient tous les sentiments religieux tels que la vénération, la soumission, la confiance, la gratitude, le dévouement et elle y ajoute la tendresse et la spontanéité, inconnues d’un serviteur mais naturelle à un cœur d’enfant.

La théologie rapproche volontiers du Don de Piété, la Béatitude de la douceur. L’amour filial et fraternel dont l’âme est pénétrée par le Don de Piété marque toute sa conduite d’une mansuétude ravissante et conquérante qui non contente d’attirer l’estime gagne les sympathies et inaugure « l’esprit de famille » qui doit s’instaurer dans les relations humaines.

 

 

V. Les préceptes relatifs à la Justice

 

Ces préceptes sont ceux du Décalogue. Les trois premiers ont trait à la Vertu de Religion. Les sept autres Commandements concernent les relations de l’homme avec son prochain.

 

Ce décalogue reste le fondement imprescriptible de tout ordre social. Les divers codes ne sauraient mieux faire que de s’en inspirer : qu’ils veillent à ne jamais le contredire, sous peine de ne plus édicter que la loi de la jungle.

 

Dans toutes les sociétés, y compris les sociétés chrétiennes, un progrès immense sera réalisé le jour où tous les hommes observeront simplement les préceptes du Décalogue.

In Initiation à la Théologie

de Saint Thomas d'Aquin

R. P. Raphaêl Sineux O. P.

Desclée et Cie 1979

 
 
 

L'Abbé Eric HERTH

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