Comment interpréter le symbolisme de « la porte »
« Moi, je suis la porte des brebis »
Jean (10, 1-10)
Jésus dit : « Je suis la porte ». Quelle drôle d’affirmation, que de se présenter ainsi ! Parmi les 7 affirmations de son identité que Jésus donne dans l’évangile de Jean, c’est sans doute la moins connue et la plus bizarre. Jésus dit qu’il est « le Pain de vie », « la lumière », « le bon berger », « la résurrection et la vie », « le chemin, la vérité et la vie », « le cep de vigne ».
Autant d’images belles et fortes qui disent la vie ! Et voilà qu’il prend l’image d’un objet : « Je suis la porte ». …l’image d’un objet semble moins importante et pourtant elle est porteuse d’un sens riche très profond et parfois même ambigu.

Un symbole universel
Présent dans la plupart des religions et des traditions spirituelles, la porte symbolise un point de passage mystérieux entre deux mondes, deux états ou conditions. Pousser la porte, c’est quitter le connu pour l’inconnu, le profane pour le sacré, quitter le matériel pour le spirituel, le terrestre pour le céleste, ou encore les ténèbres pour la lumière. Le plus souvent, le symbolisme de la porte évoque l’entrée dans un monde paisible, céleste, paradisiaque.
Dans l’Égypte ancienne par exemple, le dieu solaire Rê traversait chaque soir sur sa barque sacrée douze portes correspondant aux douze heures de la nuit, avant de reparaître vainqueur chaque matin. On pense aux portails des cathédrales, aux toranas hindous ou bouddhiques, ou encore aux torii japonais :

En Asie, l’espace sacré est souvent flanqué de quatre portes (cité d’Angkor Thom, Cité interdite,…) dites « cardinales » : elles délimitent le sanctuaire ainsi que le centre de l’empire. En Chine, ces quatre portes cernent le cœur du véritable pouvoir fondé sur le vide du tao, qui peut être assimilé à l’axe du monde.
Les Grecs anciens appelaient « colonnes d’Hercule » les rochers flanqués à l’entrée du détroit de Gibraltar, marquant le passage vers l’inconnu ou vers l’Atlantide, continent perdu des mystères de la connaissance. Dans la Rome antique, Janus était le dieu du commencement et de la fin, des choix, des portes et du passage, représenté sous la forme d’un homme à deux visages, l’un tourné vers le passé et l’autre vers l’avenir. Janus détenait la clé des portes.

Le passage
Il est souvent difficile d’accéder à la porte et de l’ouvrir. La porte est souvent gardée, afin d’en protéger l’accès à ceux qui n’en sont pas dignes.
- Dans la mythologie égyptienne, ce sont les Sphinx qui gardent les voies d’accès aux temples,
- Dans le bouddhisme et l’hindouisme, ce sont les dvarapala considéré comme des divinités qui gardent les portes des temples et monastères,
- Dans la mythologie grecque, Cerbère est le chien à trois têtes qui garde l’entrée des enfers, empêchant les morts de s’enfuir et les vivants de les recueillir,
- Dans le christianisme, des chérubins armés de glaives tournoyants empêchent Adam et Eve de regagner le Jardin d’Eden.
Le symbolisme de la porte est ambigu : est-il chemin de délivrance offrant la vie éternelle, ou au contraire chemin de mort ?
Mais la mort n’est-elle pas une délivrance ? n’annonce-t-elle pas une renaissance ?
Jésus est la porte
Pour Jésus, la porte du Royaume de Dieu n’est pas gardée. Chacun peut y accéder, pour peu qu’il accepte de se fondre dans l’Amour et le pardon. Passage décisif, promesse de nouvelle Jérusalem, renaissance, la porte invite à renoncer à une partie de soi-même pour entrer dans une nouvelle ère.
La porte annonce un rendez-vous avec soi-même. Beaucoup de portes peuvent être franchies au cours d’une vie, de manière plus ou moins douloureuse.
Refuser d’ouvrir la porte, c’est renoncer à ouvrir les yeux, par peur, orgueil ou attachement. Le gardien n’est autre que nous-même ! Accepter d’ouvrir la porte, c’est lâcher prise, s’élancer vers l’inconnu, plonger en soi pour accepter de se connaître vraiment. C’est trouver sa demeure, entrevoir la vérité.
Pour reprendre l’image champêtre de l’enclos à moutons : C’est là que l’on gardait les brebis pour les protéger des voleurs. Un espace entouré d’un mur, et dans ce mur une porte ; ouverte elle permet aux brebis d’entrer ou de sortir, fermée elle les protège à l’intérieur.
Promesse de deux choses : la sécurité et la liberté
L’image de la porte se trouve à plusieurs reprises dans l’Écriture biblique. Elle est métaphore de l’accès à Dieu. Par exemple quand il s’agit de la porte ou des portes du ciel. Ainsi Jacob, quand dans un songe il a vu une échelle qui relie la terre et le ciel, sur laquelle des anges montent et descendent, et qu’il entend Dieu lui dire « Je suis avec toi », s’écrie : « Ce lieu est vraiment la maison de Dieu et la porte des cieux ! » (Genèse 28, 17). Jésus évoque ainsi qu’il est l’accès à Dieu.
Le ciel, le temple, la présence de Dieu, le temps du salut : la porte est ouverte et c’est Jésus qui ouvre ce temps. Il le précise en disant : « Celui qui entre en passant par moi sera sauvé » (v. 9). Être sauvé, dans la culture biblique, c’est être remis en relation avec Dieu, c’est être relevé, pardonné, retrouver sens à sa vie, lien avec soi-même et avec les autres.
Ainsi Jésus, par cette petite image, nous dit l’essentiel : il est le passage du salut, l’accès à Dieu, l’ouverture vers la vraie vie. Il est salut offert à tous puisqu’il est la porte DES brebis, et pas la porte de certaines brebis. Par lui, tous, nous pouvons être en pleine relation avec Dieu, vivre véritablement, exister.
La porte est la sécurité car elle permet d’entrer dans l’enclos et d’y être à l’abri des voleurs. Combien cette image est parlante, dans un temps d’insécurité globale. Peur de l’avenir, perte de sens, crise de la confiance, recherche de boucs-émissaires, rejet de l’étranger ou de celui qui pense différemment. Que de violences sont générées par notre insécurité fondamentale ! Nous avons besoin de sécurité, de lieux sûrs, où l’on peut entrer pour se poser, se reposer, sans crainte. Le Christ est celui qui permet d’entrer dans cette zone de sécurité fondamentale.
Et l’Église est ce lieu d’une communauté accueillante et bienveillante où la sécurité de la foi peut se vivre. Un lieu, un temps, des frères et des sœurs, une présence, une écoute bienveillante, de quoi pouvoir déposer les poids de la vie, sans crainte d’être jugé, manipulé, maltraité.
Davantage qu’une sécurité la porte est la liberté. Car l’image que prend Jésus ne dit pas uniquement l’enclos, la porte qui permet d’y entrer et qui, une fois fermée, donne sécurité. Ce n’est pas un enclos qui enferme, mais la porte par laquelle on peut « entrer et sortir » librement.
Combien cette dimension est importante ! Car Jésus s’adresse à cette partie de nous qui a peur, qui est tentée de s’enfermer et d’enfermer les autres. Toujours le Christ libère et nous ne pouvons pas non plus enfermer le Christ qui est au milieu de nous, l’utiliser pour nous enfermer ou pour enfermer d’autres.

Sources :
Le symbolisme de la porte : interprétation, sens sacré

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