Faire son « mea culpa » pour ouvrir notre Cœur
“Et tous ceux qui assistaient à ce spectacle, après avoir vu ce qui était arrivé, s’en retournèrent, se frappant la poitrine” (Luc 23 : 48)
« Aussi, frappe-toi la poitrine… » (Ezéchiel 21 : 17)
Troisième visage de la Trinité
Cette expression composée de l’adjectif possessif mea (ma) et du nom culpa (culpabilité, faute) signifie : « par ma faute ». Mea culpa est passé dans le langage courant avec l’expression faire son mea culpa qui a gardé la même signification d’admettre ses erreurs. Mais d’où vient cette locution ?
Elle tire son origine de la prière appelée confiteor (Confiteor Deo = je confesse à Dieu) déclamée au début de la messe. Aujourd’hui, nous en récitons la traduction française, le "Je confesse à Dieu" et mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa est devenu "j’ai péché … oui j’ai vraiment péché".
Par cette prière, le chrétien se reconnaît devant Dieu pécheur vis-à-vis de Lui et vis-à-vis des autres, et il sollicite Son pardon.
En 2014, lors d’une catéchèse consacrée à la signification de l’Eucharistie, le pape François déclarait :
« Si nous ne ressentons pas la nécessité de la miséricorde, si nous ne nous sentons pas pécheurs, n'allons pas à la messe ! […] Je confesse… n’est pas une formule banale mais un véritable acte pénitentiel ».
Le cœur : le siège du péché
Culpa est aussi à l’origine de l’expression battre sa coulpe qui signifie se frapper la poitrine en disant mea culpa.
En disant la prière du confiteor, le chrétien s’incline et se frappe la poitrine en geste de repentance, ou plus exactement il se frappe le cœur, regardé à l’époque des Évangélistes notamment comme le siège du péché, pour marquer l’expression d’un profond et vrai repentir.
Se frapper la poitrine est une façon de montrer que nous ouvrons la porte de notre cœur à Celui qui vient nous visiter car la voie qui mène au salut commence par la reconnaissance de nos mauvaises pensées et nos mauvaises actions et la demande de pardon.
Remontant au Moyen Âge, la locution exprime donc à la fois la faute (culpa) et le moyen de s’en repentir (se battre ou se frapper la poitrine). À cette époque, les membres des communautés monastiques se réunissaient régulièrement dans la salle capitulaire ou chapitre, pour discuter de l’organisation de la vie quotidienne. C’était aussi l’occasion de regarder tous les manquements à la règle de l’ordre et de demander pardon à ses frères (ou à ses sœurs), l’abbé réglait alors les problèmes de discipline et organisait les pénitences (d’où le terme chapitrer : réprimander au cours d’un chapitre). C’était ce que l’on appelait le chapitre des coulpes.
Il y a là un geste de désignation par lequel il s’agit de marquer sa contrition. En se frappant la poitrine, le pécheur se met en cause. Il se désigne lui-même, reconnaît sa responsabilité et il désigne son cœur comme source même du péché.

Saint Augustin, aux alentours de 400, écrivait :
« Que signifie le geste de se frapper la poitrine sinon désigner ce qui est là, caché dans la poitrine, et corriger le péché secret en se frappant visiblement le cœur. Par ce geste, nous signifions que nous broyons notre cœur pour qu’il soit gouverné par Dieu ». « Lorsque tu frappes ta poitrine, tu témoignes de ton irritation contre ton cœur, pour qu’il fasse satisfaction au Seigneur ton Dieu ».
Agir ainsi, c’est donc exprimer que l’on voudrait que notre cœur soit brisé pour de bon et que Dieu nous en donne un nouveau qui puisse lui plaire en tout.
La reconnaissance de nos fautes, exprimée dans les mots, se traduit aussi dans notre corps, parce que la liturgie recherche sans cesse l’harmonie entre le corps et le cœur. Lequel est le siège des intentions de l’homme, bonnes et mauvaises.
Demander pardon permet de ne pas laisser traîner les choses, d’adoucir les situations, comme nous pouvons en faire l'expérience dans nos relations quotidiennes aux autres. C’est un chemin d’humilité, de simplicité et de paix.
Si la chose n’est plus mentionnée dans le missel rénové après Vatican II, la tradition est parfois demeurée de se frapper la poitrine pendant l’Agnus. En chantant "prends pitié de nous", certains se frappent aussi la poitrine, dans une même volonté de se reconnaître pécheur devant le Père de miséricorde.
L’acte de contrition est une prière dans laquelle nous reconnaissons nos péchés et demandons pardon pour ceux-ci. La prière de repentance nous invite à nous en remettre totalement à la miséricorde de Dieu.

Prière de repentance
Seigneur Dieu, Père éternel,
nous reconnaissons et nous confessons devant ta sainte majesté
que nous sommes de pauvres pécheurs.
Nés dans l’esclavage du péché, enclins au mal,
et difficilement capables par nos seules forces de faire le bien,
nous transgressons tous les jours et de plusieurs manières tes saints commandements
attirant sur nous, en conséquence, la mort.
Mais, Seigneur,
nous avons une vive douleur de t’avoir oublié :
nous nous condamnons, nous et nos vices,
avec une vraie repentance ;
nous recourons à ta grâce et te supplions
de venir en aide en notre misère.
Veuille donc avoir pitié de nous, Dieu très bon,
Père miséricordieux, et nous pardonner nos péchés
pour l’amour de Jésus-Christ, ton Fils, notre Sauveur.
En effaçant nos manquements,
accorde-nous aussi et nous augmente continuellement
les grâces de ton Saint-Esprit,
afin que, reconnaissant de plus en plus nos fautes,
nous en soyons vivement touchés,
nous y renoncions de tout notre cœur
et nous portions des fruits de justice et de sainteté,
qui te soient agréables,
par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.

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