Paroisse Catholique Saint Vincent des Buis (71390 Buxy)
Saône et Loire - Bourgogne
Diocèse d'Autun

La Sœur charité, une vision emblématique
œuvre spirituelle et culturelle de Paul Gauguin

Je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères,
c’est à moi que vous l’avez fait »

(Mt 25, 40)

La charité : Une vertu théologale

Dans le christianisme, La charité consiste dans l’amour de Dieu et du prochain, elle est, avec la foi et l’espérance, une vertu théologale, c’est-à-dire le lieu d’une expression de la foi en Dieu. La théologie de la charité c’est créer une relation de personne à personne, à pied d’égalité ; lutter contre les inégalités structurelles avec les personnes vulnérables.

« Par la charité, le Seigneur nous donne de partager ce qui habite le cœur de la Trinité, cette qualité d’amour qui relie le Père, le Fils et le Saint-Esprit », explique Laure Blanchon, (titulaire de la chaire Jean-Rodhain du Centre Sèvres – Faculté jésuite de Paris).

La charité dans l’iconographie

Dans l’iconographie, l’allégorie de la charité prend souvent les traits d’une jeune femme allaitant des nourrissons. Les peintres italiens de la renaissance la représentent sous les traits d’une jeune femme donnant le sein à un vieillard décharné, ce qui correspond au thème de la charité romaine.

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Charité chrétienne, vers 1625, Giovanni Francesco Barbieri

La représentation allégorique de la Charité, connaît une diffusion importante aux XVIe et XVIIe siècles. Conformément à l’iconographie la plus courante à l’époque, la Charité est ici personnifiée sous la forme d’une figure féminine – une mère – entourée d’enfants. Le tableau est en cela fidèle à une formule répandue chez les artistes.

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La Charité, Andrea del Sarto, 1518, huile sur bois, Le Louvre

La sœur charité : une œuvre spirituelle et engagée

Le peintre français Paul Gauguin reprend le thème de la charité chrétienne au début du 20ème siècle, mais s’éloigne totalement de cette tradition picturale.

Il a réalisé cette huile sur toile en 1902, en Polynésie française, un an avant sa mort. C’est une scène de genre qui représente une religieuse assise, chapelet en main, parmi les Polynésiens.

Cette œuvre est particulièrement représentative de la maturité stylistique de l'artiste et de ses questionnements spirituels.

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La Sœur de charité ; Paul Gauguin, huile sur toile, 65x76, San Antonio, Texas

En 1902, Gauguin est installé aux îles Marquises (à Atuona) après avoir quitté Tahiti.

Malade, fatigué et en conflit ouvert avec les autorités coloniales et l'Église catholique locale, il peint des œuvres empreintes de nostalgie, de testament artistique et de syncrétisme (mélange des cultures et des religions).

Le tableau met en scène une confrontation intime entre deux mondes dans une atmosphère tropicale simplifiée, caractéristique des paysages de Gauguin, avec des tons chauds et terreux.

Au premier plan à gauche, une religieuse catholique (la "sœur de charité"), vêtue de son habit traditionnel sombre et blanc, est assise, le regard baissé vers son chapelet.

Son attitude est celle d'une contemplation silencieuse, presque austère et repliée sur elle-même. Autour d'elle, cinq femmes tahitiennes et marquisiennes occupent l'espace. Contrairement à la religieuse, elles sont représentées de manière naturelle, certaines nues ou partiellement drapées de paréos colorés, vaquant à des occupations simples du quotidien. Le contraste est saisissant entre l'habit rigide, noir et blanc, de la religieuse et les teintes chaudes (bruns, rouges, ocres) de la peau des femmes et du paysage. Les couleurs ne cherchent pas à copier fidèlement la réalité mais à traduire une atmosphère lourde, sereine et mystique à la fois.

Fidèle à son style, Gauguin utilise des formes simplifiées et des contours nets pour cerner les silhouettes. Il s'éloigne du réalisme photographique pour privilégier la suggestion et l'émotion.

Le tableau dépasse la simple scène de genre coloniale pour devenir une métaphore de la confrontation culturelle et spirituelle. La religieuse incarne l'Europe, l'ordre colonial, la retenue et le dogme chrétien. Les femmes polynésiennes sont les figures de la liberté originelle, la sensualité, la communion directe avec la nature (le mythe du "bon sauvage" que Gauguin est venu chercher). Bien que Gauguin ait été très critique envers les missionnaires chrétiens qu'il accusait de détruire la culture locale, la religieuse n'est pas caricaturée. Elle semble plutôt mélanco-lique, isolée dans sa propre foi au milieu d'un monde vibrant de vie auquel elle reste étrangère.

Comme souvent chez Gauguin, le sacré chrétien et le paganisme des îles cohabitent au sein d'une même toile, invitant le spectateur à méditer sur la spiritualité universelle et la solitude humaine.

Sources :

www.la-croix.com

 

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