Le Christ jaune de Gauguin, symbole de résurrection
Il est extraordinaire qu’on puisse mettre tant de mystère dans tant d’éclat


« Le Christ Jaune » et « Autoportrait au Christ Jaune » sont deux œuvres du symbolisme inspirées par la sculpture du Christ se trouvant dans la chapelle de Trémalo à Pont-Aven. Ces deux tableaux sont une véritable explosion de couleurs et traduisent parfaitement le génie de Paul Gauguin.
Christ dans notre quotidien
Au centre du tableau se trouve un Christ entièrement jaune qui domine la composition, cloué sur une croix, Paul Gauguin sort le Christ de son sanctuaire et le peint dans la campagne bretonne. En arrière-plan se dessine la colline Sainte Marguerite.
Autour de lui, des paysannes bretonnes en prière ont sans doute été observées à la sortie de l’office célébré à l’occasion du Pardon.
L’œuvre mélange donc religion chrétienne et vie quotidienne en Bretagne, ce qui crée une scène à la fois sacrée et rurale.
Un christ solaire en paix
Même si on reconnaît le Christ de la chapelle, Paul Gauguin le modifie volontairement. D’un Christ en croix qui souffre et agonise dans la nef de la chapelle, il peint un Christ qui semble reposé, au milieu des fidèles en prière. Paul Gauguin jongle avec le réel et l’imaginaire. La croix forme un axe vertical très fort, les femmes disposées autour, penchées ou agenouillées, guident le regard vers le Christ.
La simplicité et l’équilibre de la composition renforce le caractère spirituel de la scène.
La joie de la résurrection
Paul Gauguin transforme la scène de la crucifixion en une méditation spirituelle universelle et intemporelle, il montre que le message chrétien — souffrance, espoir et résurrection — peut exister dans le monde quotidien.
Il associe la spiritualité chrétienne à la vie simple des paysans bretons, montre que la souffrance est universelle et fait partie du quotidien, il ne cherche pas un réalisme religieux, mais une symbolisation spirituelle.
Même si le tableau montre la crucifixion, plusieurs éléments évoquent la résurrection :
- La croix au centre montre la souffrance et le sacrifice du Christ mais elle est aussi un axe stable entre la terre et le ciel.
- Le jaune qui irradie le Christ est surréaliste, elle attire immédiatement l’attention. Jésus baigne dans un panaché de couleurs chaudes et plates où le orange, le rouge feu et le brun dominent. Ces couleurs expriment la lumière, la divinité et la renaissance : Le Christ est un soleil lumineux, comme s’il annonçait déjà la victoire sur la mort.
- La nature : Le paysage rural représente le cycle de la nature (mort et renaissance des saisons) qui peut faire écho au cycle mort et de la résurrection du Christ.
- La présence des fidèles : Les paysannes prient et méditent, leur attitude peut symboliser l’espoir et la foi dans la résurrection.

Un message de consolation
Dans son roman « Un message de consolation selon Gauguin », Marika Doux s’inspire de la vie et de la pensée du peintre Paul Gauguin pour réfléchir à la manière de trouver du réconfort face aux difficultés de la vie.
Ce roman court écrit à la première personne propose un parcours intérieur imaginaire qui cherche à comprendre ce qu’on peut appeler le mystère du Christ jaune, sur lequel le peintre, curieusement, ne s’est jamais exprimé…
Dans le Finistère, fin octobre 1889. Paul Gauguin s'est réfugié à La Buvette de la plage. Plus rien ne va pour lui. le succès tant espéré s'éloigne, l'inspiration le déserte, et il vit dans la plus grande pauvreté. Comment faire avec la vie quand tout ne paraît qu'échec et absurdité ? Persévérer ? Malgré les souvenirs, les visions, les regrets ?
À travers son histoire, l’autrice explique qu’il faut parfois oser changer de vie pour suivre ce qui nous rend vraiment heureux, elle montre que les difficultés et les échecs font partie du chemin et que l’art et la beauté peuvent aider à supporter la souffrance.
L’auteur fait dire à Gauguin ces mots :
« D’où vient l’humanité ? Que sommes-nous?Où allons-nous ? » J’en ferai peut-être un tableau un jour. En attendant, je veux peindre un Crucifixion renversante. Jamais vue en peinture. Qui donne le sens de cet événement unique qu’aucune autre religion, à ma connaissance, n’a inventé : la mort volontaire d’un Dieu qui abandonne son image, sa toute-puissance, sa gloire, tendrement, et qui se laisse pendre en fruit de Vie à l’arbre de l’amour. Jésus, le modèle de tous les artistes aussi, et le plus grand d’entre eux parce qu’il opère avec son corps la plus grande des métamorphoses, la métamorphose de ce monde précaire et bancal en vie pleine éternelle – ce que nous cherchons tous. » (p.57)
« il a beau être bel et bien cloué, on dirait qu’il vient de se poser lui-même sur la croix. A la manière d’un grand oiseau triomphant, alors-bras déployés, qui plonge dans la mort comme les goélands piquent droit sur leur proie » (p.63)
« Le Christ (…) est l’exemple à suivre. Il relie la terre et le ciel, l’humain et le divin, la mort et la vie, le masculin et le féminin, le désespoir et la joie. Plus de dettes dans son jardin. Mort de la honte. Mort des condamnations. On peut enfin enjamber l’enclos du Paradis sans qu’on nous fasse les gros yeux ! Car le Paradis est aussi de l’autre côté...Mon Breton le sait et ne s’en prive pas. Plus de sang. De la lumière. Jaune. Partout. Jaune, fruit solaire. Jaune, chair devenue enfin éternelle..- Un Christ de la consolation »


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