Paroisse Catholique Saint Vincent des Buis (71390 Buxy)
Saône et Loire - Bourgogne
Diocèse d'Autun

Pourquoi appelle-t-on les prêtres « père » ?

Le 21 juin nous fêtons les pères de famille, mais pourquoi appelons-nous notre prêtre « mon père » ?

Rabbi n’est pas Père

Cette appellation peut surprendre quand il est écrit dans l’Évangile : « Ne donnez à personne le nom de père » (Mt 23, 9). Si l’on s’en tient au pied de la lettre, l’usage qui veut qu’on appelle un prêtre « père » ou « mon père » est bel et bien en contradiction avec cette consigne laissée par Jésus à ses disciples. Mais un verset de l’Écriture ne doit pas se lire de façon isolé. Ce que Jésus vise dans ce passage de l’Évangile, dont le contexte est celui d’une polémique avec les pharisiens, c’est le titre de « Rabbi » (de l’hébreu rab, « grand ») qui était donné respectueusement par des disciples à un maître et dont les pharisiens aimaient à se faire appeler… Autrement dit, Jésus met en garde avec cette appellation sur la tentation pour le maître spirituel de tirer orgueil d’un savoir ou d’une sagesse ; et, pour le disciple, de tomber dans la fascination et l’idolâtrie.

Ainsi, ce qui est en cause ici, ce n’est pas la paternité spirituelle. Le père François-Régis Wilhélem, théologien (« Le prêtre, témoin de la paternité de Dieu », Prêtres diocésains n° 1363, 1998.) met en garde contre « le danger d’appropriation de ce qui est et reste don de Dieu » : « Dieu seul est Père, c’est de lui que toute paternité tire son nom. Dieu seul est maître de vérité, guide, docteur, en son fils Jésus-Christ »,

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Le Père éternel, Paolo Veronese 1528-1588), estampe.

Père et Pères

On ne trouve aucune objection à l’utilisation de ce titre chez les pères de l’Église, signe qu’ils n’y trouvaient pas d’incompatibilité ; en revanche les premières générations chrétiennes l’ont toujours utilisée en relation avec la transmission de la Parole de Dieu.

Saint Paul écrit ainsi aux Corinthiens qu’ils peuvent avoir « des milliers de pédagogues dans le Christ » ; en revanche, ils n’ont pas « plusieurs pères » : « Car c’est moi, écrit l’apôtre, qui, par l’Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus » (1 Co 4, 15).

On retrouve encore ce lien avec la parole à partir du IVe siècle chez les Pères du désert. Des chrétiens qui désirent vivre la radicalité de l’Évangile « à l’ombre d’un père spirituel » vont visiter ces premiers moines du christianisme, réputés pour leur sagesse, avec cette demande : « Abba, dis-moi une parole »

Ils reprennent par là le terme araméen abba (« papa ») utilisé par Jésus pour s’adresser à son Père.

D’Abba à Abbé

Comme son nom l'indique, abbé vient de l'araméen abba, père. Dans les premiers siècles, cette appellation était donnée aux ermites, retirés dans les déserts égyptiens, à qui, en raison de leur prestige spirituel et de leur discernement, on demandait conseil. Souvent, des disciples se mirent sous la direction habituelle d'un de ces abbés, sans donner à sa personne quelque autorité institutionnelle : le groupe de disciples se disloquait à la mort du maître spirituel aussi spontanément qu'il s'était formé de son vivant.

On organisa aussi de grands monastères placés sous la direction d'un Père abbé, père de la famille monastique en quelque sorte, chargé en outre du soin que requiert l'administration des biens nécessaires à une communauté. La Règle de saint Benoît exprime bien cette tradition de guide spirituel : « Écoute, mon fils, les préceptes du maître (…), reçois volontiers l’enseignement d’un si bon père », commence saint Benoît. Il parle ici du Christ, qui est le vrai père des moines, l’abbé étant son représentant, choisi par eux pour les conduire sur le chemin évangélique.

C’est finalement autour de Vatican II que « Monsieur l’abbé » (ou « monsieur le curé ») cède le pas à « père » ou « mon père », dans l’usage commun pour les prêtres (et même les évêques), sauf dans les milieux traditionalistes. Mais paradoxalement, certains relèvent que « Monsieur l’abbé » passe aujourd’hui beaucoup mieux dans un contexte de laïcité, dire « mon père » à un prêtre étant beaucoup plus engageant pour certains que de l’appeler « monsieur l’abbé ».

Cette appellation est parfois donc sujette à controverse, pourtant, appeler quelqu’un, c’est dire quelque chose de son identité. Et même dans le milieu séculier, les fidèles n’ont jamais abandonné l’appellation de « père » dans la relation au prêtre à qui ils reconnaissent une paternité spirituelle. Ainsi dans la confession, on s’adresse à Dieu à travers le prêtre en lui disant « Mon Père ». Dans les années 1930, par exemple, la mystique Marthe Robin demandant à l’abbé Faure d’être son directeur spirituel lui écrit : « Monsieur le curé et cher Père spirituel. Je suis prodigue, comme vous pouvez le voir puisque sans permission, sans vous demander si vous le voulez bien, je vous dis ”Père” ! ».

Abbé, père selon l’Esprit

Les prêtres sont les seuls à recevoir le titre de père. C’est Dieu qui nous les donne comme pères dans l’Esprit pour nous engendrer par la Parole et par les sacrements. Saint Paul le revendique clairement : « Je vous écris pour vous reprendre comme mes enfants bien-aimés. Car, dans le Christ, vous pourriez avoir dix mille guides, vous n’avez pas plusieurs pères : par l’annonce de l’Évangile, c’est moi qui vous ai donné la vie dans le Christ Jésus. » (1Co 4,14-15).

Ces hommes célibataires, comme Paul, et surtout, comme Jésus, ne sont pères de personne en ce monde! Justement, ils sont pères parce qu’ils engendrent des fils et des filles selon l’Esprit et non pas selon la chair. Le prêtre est Père car, par son ordination, il est investi d’une autorité qui ne vient pas de sa personne, de sa notoriété, ni même de ses compétences ou de ses études mais de l’appel du Christ reconnu par l’Église-épouse. « Prêtre » signifie d’ailleurs « ancien », le patriarche qui a la sagesse pour reconnaître, pour relever et pour faire grandir. Il est celui que l’Église-épouse accueille comme il est, comme serviteur, pour engendrer, bénir, protéger, guider les enfants que Dieu lui donne. Comme tous les époux, chaque prêtre dit à l’Église-épouse « tu es si belle que tu mérites que je consacre ma vie rien qu’à toi seule, à l’appel de Dieu, pour me mettre à ton service à la suite du Christ qui s’est offert pour toi en sacrifice ». Son service de l’Église-épouse consiste à subvenir, comme tout bon père aux besoins de sa femme et de sa famille : la sanctifier !

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Le prêtre est « Père » parce que les baptisés reconnaissent en lui celui qui sert l’Église- mère qui les a mis au monde ! Dans ce monde, les pères reconnaissent leurs enfants, mais les paternités spirituelles suivent le chemin inverse… Ce sont les fils et filles qui, étant reconnaissants, disent « Mon Père » à celui que Dieu leur a donné comme éducateur, pour les engendrer, pardonner leurs fautes et les nourrir de l’Eucharistie.

Saint Paul se considérait comme le « père », non seulement de quelques disciples, mais aussi de communautés entières. Ses épîtres sont destinées à ses « enfants bien-aimés ». Il n’hésite pas à employer la symbolique paternelle pour évoquer sa relation avec ses disciples. Mais il ne s’agit pas seulement de quelques privilégiés qui seraient particulièrement chers au cœur de Paul. Les « enfants bien-aimés », ce sont aussi les Corinthiens, ce sont aussi les Galates, qui ont pratiquement reniés l’Évangile. Une phrase est particulièrement claire : « Auriez-vous des milliers de pédagogues dans le Christ que vous n’avez pas plusieurs pères ; car c’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus » (1Co 4, 15). La symbolique de la paternité l’emporte nettement sur celle de l’éducation.

De même, saint Jean adresse sa première épître à ses « petits enfants », reprenant l’expression de Jésus. Autant que les autres évangélistes, saint Jean distingue nettement, en Dieu, le Père et le Fils. Jésus est l’Envoyé. Il ne dit, ni ne fait rien que le Père ne le lui ait montré. Il est venu pour faire la volonté du Père.

Une paternité spirituelle

 

Par la prédication de l’Évangile et la célébration des sacrements, les évêques et les prêtres continuent, à travers le temps, le ministère des apôtres. Ils exercent donc une mission de paternité spirituelle. Ils sont aussi les frères des fidèles. C’est la phrase célèbre de saint Augustin : « Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis chrétien. »

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Parmi les auteurs chrétiens, certains sont reconnus comme étant des « Pères de l’Église ». Ceux des tout premiers siècles, comme Clément de Rome, Ignace d’Antioche ou Irénée de Lyon sont appelés « Pères apostoliques », à cause de leur proximité temporelle avec les apôtres. Ils ne se sont pas donnés à eux-mêmes ce titre, c’est avec le recul, que l’Église a reconnu ce qu’elle leur devait. Comme le père nourrit ses enfants, ils ont nourri les fidèles de la Parole de Dieu, méditée, réfléchie, expliquée quand elle est mise en question. Le nom de « Pères » est aussi donné aux évêques réunis en concile, car leur mission est de guider l’Église dans les difficultés, comme un père guide ses enfants.

Pour en revenir aux pères charnels et à leur fête, voici une prière à saint Joseph pour les pères de famille

Saint Joseph, père adoptif de Jésus, nous te prions en ce jour pour tous les papas de nos familles et de notre monde.

Comme toi, l’homme toujours à l’écoute…

Qu’ils soient pour leur(s) enfant(s), leur famille une présence d’écoute et d’attention.

Qu’ils ne soient jamais préoccupés par des soucis autres que celui du bonheur, du dialogue et de la charité familiale.

Comme toi, l’homme travailleur…

Qu’ils accomplissent leur rôle dans leur famille dans leur milieu professionnel ou dans l’église avec beaucoup de joie et de simplicité, beaucoup d’amour et de sérénité, beaucoup de respect et de tolérance.

Comme toi, l’homme disponible…

Qu’ils sachent regarder le monde avec beaucoup de foi, d’amour et de respect.

Et que par leur regard, ils apportent aux autres l’encouragement et la force dont ils ont besoin.

Comme toi, l’homme en route…

En toutes circonstances, et particulièrement dans celles les plus ardues, qu’ils ne cessent de garder la foi et de conduire à l’espérance ceux et celles qui les entourent.

Amen.

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