Pourquoi prier pour les défunts ?
« Dans toutes les cultures, on retrouve ce sens de la prière pour les défunts »
Au début du mois de novembre, l’Église célèbre, dans deux fêtes conjointes, les Saints et les défunts. A cette occasion, nous sommes invités, à rendre grâce à Dieu pour les innombrables saints et saintes qu’il nous a donnés et à le prier pour tous les défunts.
La célébration du 2 novembre en tant qu'institution liturgique remonte à saint Odilon de Cluny (962-1048), qui proposa à tous les abbés de célébrer la mémoire de tous les défunts afin d'assurer le repos de leurs âmes, lors de messes célébrées pour eux. A partir du XIIIe siècle, la fête s'est étendue à toute la chrétienté et les mots « priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort » furent ajoutés à l'Ave Maria.

Prier pour les morts : un signe de notre humanité
Les humains, depuis toujours, se soucient du sort des morts. La tradition de l’Église nous enseigne que la mort, si elle est la fin biologique du corps, n’atteint pas cette partie spirituelle de notre être que nous appelons l’âme. La prière pour les morts nous aide déjà psychologiquement à porter le deuil et notre peine. Elle entretient dans notre mémoire un lien avec ceux qui ne sont plus là et constitue la preuve tangible que nous pouvons continuer à les aimer. La prière pour les morts répare aussi nos négligences et nos indifférences et réciproquement leur pardonne leurs manquements.
Ceux et celles qui prient avec la liturgie des Heures, sont invités à prier tous les jours pour les défunts. Chaque célébration de l'eucharistie s'accompagne de cette prière : « Souviens-toi de nos frères et nos sœurs qui se sont endormis dans l'espoir de la résurrection », prière par laquelle nous sommes en communion avec les défunts. L'eucharistie abolit les frontières entre le ciel et la terre, entre les vivants et les morts, et nous rassemblent autour d'une même table, la table de Jésus-Christ.
Un Purgatoire pour purifier les âmes
Pourquoi prier pour l’âme des défunts ? Si elles sont au ciel, ont-elles besoin de nos prières ? Si elles sont en enfer, veulent-elles de nos prières ? Et qu’en est-il pour celles qui sont au Purgatoire, cet état qui suggère l’idée que rien n’est figé, même après la mort, et que l’être peut se perfectionner pour entrer dans l'éternité ?
L’Église appelle Purgatoire cette purification finale des élus(CEC, N°1031)
L'idée d'une purification expiatrice après la mort émerge progressivement au Moyen Âge, puisant dans des pratiques spirituelles des premiers temps du christianisme, bien que le terme de "purgatoire" ne soit pas encore utilisé.
Le mot "purgatoire" est apparu dans l’enseignement de l’Église en 1439, au concile de Florence. Il faut reconnaître que ni ce mot, qui ressemble un peu à l’idée de purge, ni l’iconographie qui lui est attaché ne sont très engageants.
La théologie du purgatoire s'est développée à partir de plusieurs textes de l'Ancien et du Nouveau Testament : le second livre des Maccabées (12,46), avec le sacrifice offert pour des soldats morts au combat. Au lendemain d’une âpre bataille, Judas Maccabée enterrent les morts et organises une collecte « auprès de chacun et envoya deux mille pièces d’argent à Jérusalem afin d’offrir un sacrifice pour le péché". Dans ce passage, on prie afin que les morts soient délivrés de leurs péchés ! Il existe donc un état, après la mort, où une délivrance peut encore advenir.
Dans la première épître aux Corinthiens (3,13) nous lisons : "L'œuvre de chacun sera manifestée; car le jour la fera connaître, parce qu'elle se révélera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu'est l'œuvre de chacun."

Dans le nouveau Testament, les passages dans l’Évangile de saint Matthieu (12, 31-32) et les lettres de Saint Paul (1 Cor. 3, 11-15) évoquent eux aussi une purification par le feu.
Le Christ a clairement laissé entendre que nous avons besoin de conversion et de « purification » pour entrer dans la pleine communion avec lui.
« Qui ne prend pas sa croix et ne vient pas à ma suite n’est pas digne de moi. Qui aura trouvé sa vie la perdra, et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 10, 38-39).
Cela suggère que nous n’entrerons dans la béatitude de la vie éternelle que lorsque nous serons totalement dépouillés de nous-mêmes, fût-ce après notre mort, si les épreuves et les choix de notre vie présente n’ont pas suffi à nous faire « perdre » notre vie pour la « trouver » en lui.
On trouve dans les écrits des Pères de l’Église les idées de "purification" et de "peine purgative".
Le mot "purgatoire" n’est pas employé Dans "Lumen Gentium", la constitution dogmatique du concile Vatican II, mais il est question de la vie après la mort et de purification :
Cette foi vénérable de nos pères en la communion de vie qui existe avec nos frères déjà en possession de la gloire céleste, ou en voie de purification après leur mort. (par. 51).

Punition ou préparation ?
L'expérience du purgatoire reste indescriptible, souvent, perçu comme un lieu punitif de souffrance par le feu, Anselm Grün nous met en garde contre les fausses représentations : « Lorsque nous songeons au purgatoire, nous devons renoncer à toutes les représentations concrètes de ce dernier, qui ne font que falsifier ce que l’Église, au travers de cette image, veut exprimer de secourable (…) Le message chrétien du purgatoire signifie que l'amour de Dieu purifie tout ce qui en nous est resté fermé »
Plusieurs saints en ont livré une vision : pour Sainte Catherine de Gênes (XVIe s.), il s'agit d'un "feu intérieur" d'amour divin, purifiant les âmes ; sœur Lucie, voyante de Fátima, évoque ce même feu purificateur, l'expliquant comme "le feu de l'amour divin" qui consume les imperfections. Joseph Ratzinger n'a cessé d'assimiler le Christ au feu, « Le Christ est lui-même le feu qui transfigure l'homme, le conforme à son corps de gloire (Romain 8,29) ; Philippiens 3,21) ». C’est en effet de tout autre chose dont il s’agit puisque c’est l’âme immatérielle, et non le corps, qui est visée par le Purgatoire.
Dans le catéchisme de l'Église catholique, le purgatoire est défini dans comme un passage entre la vie terrestre et le ciel, une étape où les âmes, déjà en amitié avec Dieu, se purifient avant d'entrer dans la plénitude divine. Ce n'est donc pas une punition, mais une préparation pour accéder à la sainteté nécessaire au paradis. Cet état intermédiaire, après la mort autorise donc la purification et le pardon. Mgr André-Joseph Léonard, archevêque émérite de Malines-Bruxelles (Belgique), rappelle que le purgatoire est certes un lieu de purification, mais aussi d’espérance.
Selon la foi de l’Église, les âmes du purgatoire n’errent pas dans un no man’s land, elles ne sont pas prisonnières de notre monde puisqu’elles sont déjà en communion particulière avec Dieu. Nous parlons d’ailleurs des "saintes âmes du purgatoire".
Le purgatoire serait donc davantage un temps privilégié où les âmes grandissent dans l’amour. Cette purification est lumineuse et non ténèbres.
La prière agit pour les défunts...
L’Église catholique nous offre différents moyens pour le soulagement des âmes du purgatoire : Le moyen le plus efficace c'est le saint Sacrifice de la Messe qui exerce son influence salutaire indépendamment du mérite des hommes. Il soulage les âmes quelles que soient les dispositions de celui qui les offre, de ceux qui assistent ou qui le font offrir. Faire célébrer des Messes pour nos défunts est en cela le plus grand service que nous puissions leur rendre.
La prière pour les morts est un autre moyen de soulager les âmes des défunts. En effet, elle est une mise en pratique de la charité fraternelle qui unit les vivants et les morts, dans l’espérance de la résurrection des corps à venir pour les défunts et pour nous-mêmes.
Nous chrétiens, croyons donc que par la prière, nous pouvons toucher le cœur de nos défunts et que nous pouvons les aider dans cette étape de purification après la mort. Nous pensons qu'il existe toujours, malgré la douleur de l’absence et du deuil, un lien profond d’amour entre les défunts et les vivants. Le pape François, dans la Bulle d’indiction du jubilé 2025, évoque le jugement dernier et l’idée de purification
Et puisque… on ne peut pas penser que le mal commis reste caché, celui-ci a besoin d’être purifié pour permettre le passage définitif dans l’amour de Dieu. En ce sens, on comprend la nécessité de prier pour ceux qui ont achevé leur parcours terrestre, la solidarité dans l’intercession priante qui puise son efficacité dans la communion des saints… (par. 22).
Nous sommes donc concernés par les âmes des défunts car les liens entre les vivants et les défunts ne sont pas coupés. " Le purgatoire naît du sens profond que nous pouvons encore rejoindre nos défunts après la mort par notre prière. C’est une intuition qui est profondément humaine avant d’être éclairée par la révélation " peut-on lire dans le YOUCAT 159.
Joseph Ratzinger justifie les prières pour les défunts par l'immortalité de notre amour. « Les possibilités d'aider et d'offrir ne disparaissent pas avec la mort » (Eschatologie. Tod und ewiges Leben, p189)
Nos prières pour les défunts expriment notre volonté de les accompagner au-delà de la mort afin qu'ils se décident en faveur de Jésus-Christ et acceptent d'être transfigurés par lui.(Anselm Grün)
En 1856, Eugénie Smet fonde ainsi les Auxiliatrices des âmes du Purgatoire qui veulent prier et agir pour ceux que l’on oublie, qu’ils soient déjà passés par la mort ou encore vivants. En 1884, l’abbé Buguet fonde l’œuvre de Montligeon, archiconfrérie de prière pour les défunts qui compte 20 millions d’associés en 1913 et qui se poursuit aujourd’hui.

...Et les âmes des défunts agissent pour nous
La communion des saints permet une circulation de la grâce qui profite à tous. Les grâces des saints nous profitent. Le Catéchisme de l’Église catholique précise en effet : « Notre prière pour eux peut non seulement les aider, mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur » (958). Les âmes du purgatoire sont dans un état passif de purification. Elles n’arrêtent pas de prier, de poser des actes de foi, d’espérance et de charité, mais nous n’en bénéficions que si nous sommes actifs pour elles. »
Ce n'est donc pas sans raison que l’Église encourage la dévotion aux âmes du purgatoire en vue d'apaiser leur souffrance et de hâter leur délivrance.
Voici pour cela deux prières pour les défunts
Seigneur Jésus-Christ,
Avant de ressusciter,
Tu as reposé trois jours en terre.
Et depuis ces jours-là,
La tombe des hommes est devenue, pour les croyants
Signe d’espérance en la résurrection.
Nous sommes venus aujourd’hui
Nous recueillir sur la tombe de…
Et nous te prions :
Puisque ton amour est plus fort que la mort, donne-lui de vivre, avec tous ceux que tu accueilles auprès de toi,
dans la lumière, le bonheur et la paix,
Pour les siècles des siècles.
Amen
Prière aux défunts de Karl Rahner
« Seigneur, à ceux que, dans ton amour, nous aimons plus que jamais, aux pèlerins qui, encore éloignés de nous, cheminent péniblement vers nous et ta lumière, à ceux dont le silence nous rend plus proches que nous ne l'étions autrefois, alors que nous séjournions et luttions avec eux, donne aussi, lorsque s'achèvera le combat de leur vie, le repos éternel ; puisse ta lumière, de la même façon qu'elle brille sur nous, briller sur eux à jamais – qu'elle soit aujourd'hui lumière de la foi et, dans l'éternité, lumière de la félicité »
Sources :
https://liturgie.catholique.fr
Grün Anselm, Se réconcilier avec la mort. Albin Michel, 2009
Borgers, Marie, Une année à l'église. Hachette, 2025

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