Saint Philippe Néri
Le Saint de la Joie
tel que le père Jean-François Audrain l'a dépeint et l’analyse à travers sa conférence-témoignage, le 28 mai 2022, à l’occasion des 10 ans de la fondation de l’Oratoire de Hyères.
L’enfance et l’exil : la forge du « Bon petit Philippe »
Né le 22 juillet 1515 à Florence, Philippe Néri grandit dans un terreau familial et culturel marqué par la bonté, la beauté et un sens aigu de la fête et de la facétie — des traits typiquement florentins qu’il gardera toute sa vie et qui lui vaudront le surnom de Pippo Buono « le Bon petit Philippe ».
Cependant, pour que cet amour naturel se transforme en un attachement exclusif au Christ, Philippe doit vivre l’exil.
Quittant sa terre et ses proches, il passe par le Mont Cassin et Gaète où, face à la mer et en contemplant le Christ, il fait l’expérience d’un retournement intérieur radical : sa vie ne sera plus jamais centrée sur lui-même, mais sur le Christ crucifié.


La Pentecôte personnelle et l’effusion de l’Esprit
Le tournant mystique majeur de sa vie se produit en 1544, à la veille de la Pentecôte. Alors qu’il a 29 ans et prie dans les catacombes de Rome pour retrouver la ferveur des premiers chrétiens, Philippe vit une effusion extraordinaire de l’Esprit Saint. Sous la forme d’une boule de feu entrée par sa bouche, l’amour divin embrase son cœur au point de le dilater physiquement (son anatomie en portera la trace visible à sa mort).
Dès lors, habité par une chaleur et une joie mystique immenses, Philippe devient « l’homme de la Pentecôte ». Sa seule souffrance sera désormais d’être « trop aimé » par Dieu et de voir que cet Amour divin n’est pas aimé en retour par les hommes.
L’Apôtre de Rome et le Réformateur de l’Église
D’abord ermite au cœur de la ville, Philippe est poussé par l’Esprit à s’engager pleinement dans l’action ecclésiale et sociale d’une Rome alors troublée et en crise. Il commence par fonder l’Adoration des 40 heures et la Trinité des Pèlerins pour soigner les malades et accueillir les pauvres. Poussé par son directeur spirituel, il accepte le sacerdoce à l’âge de 36 ans.
Son impact devient alors immense. Bien qu’il ait brûlé tous ses écrits avant sa mort par humilité, les témoignages de son procès de canonisation révèlent son rôle historique : arrivé en 1534 dans une Rome où la réforme de la Curie semblait impossible, il meurt le 26 mai 1595 en ayant accompli ce travail de conversion de l’intérieur, anticipant et accompagnant le Concile de Trente.
Il devient ainsi l’un des Co-patrons de Rome, à l’égal de Pierre et Paul.
La fondation de l’Oratoire : l’école de l’amour réciproque
Pour pérenniser son action, saint Philippe crée une structure totalement nouvelle pour l’époque, une Société de Vie Apostolique : l’Oratoire. Conçu comme un véritable « écosystème » pour la vie évangélique, l’Oratoire propose une pédagogie fondée sur la relation personnelle, l’amitié et surtout l’amour réciproque. Refusant les institutions trop lourdes, Philippe y fait dialoguer les cœurs (Cor ad cor loquitur).
Dans ce cadre démocratique et fraternel, il rassemble aussi bien les cardinaux et les papes que les jeunes de la rue et les personnes modestes.
Le Saint de la joie et de l’humour
La grande spécificité de Philippe Néri, qui déroute parfois les esprits trop cartésiens, est son refus catégorique de l’austérité et de la tristesse, qu’il considérait comme le visage du démon (il Tristo). Sa joie se manifestait par des facéties constantes : pour cacher ses extases mystiques (lévitations, tremblements) et pour fuir l’orgueil et la vanité, il cherchait volontairement à passer pour un fou ou un excentrique. On le voyait ainsi raser la moitié de sa barbe, jouer avec son chat, faire de l’humour en plein culte ou sauter dans des flaques d’eau. Sa devise pastorale était claire : la mauvaise humeur n’est pas un signe de sainteté.
Le Saint de la joie et de l’humour
La vie de Philippe Néri offre la clé d’un humanisme chrétien authentique, résolvant la tension entre le détachement de Dieu et l’amour du monde.
En pratiquant la « mortification du rational » (le renoncement absolu au moi tout-puissant), Philippe accède à une liberté totale. N’ayant plus rien à posséder ni à paraître, il peut tout embrasser. Sous sa direction, l’Oratoire unit sans confusion le profane et le sacré : les promenades, la musique, les rires s’y mêlent harmonieusement à la prière, à l’adoration et aux sacrements, le tout pour la seule gloire de Dieu.
Béatifié le 11 mai 1615 par le pape Paul V et canonisé le 12 mars 1622 par le pape Grégoire XV, il est le second patron de la ville de Rome et est surnommé le « Saint de la joie ».
Il est commémoré le 26 mai de chaque année.


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